Maduro prête serment pour un second mandat à la tête d'un Venezuela isolé

par Brian Ellsworth et Shaylim Castro
Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment jeudi pour un second mandat à la tête d'un pays diplomatiquement isolé et à l'économie défaillante. /Photo prise le 10 janvier 2019/REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

par Brian Ellsworth et Shaylim Castro

CARACAS (Reuters) - Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment jeudi pour un second mandat à la tête d'un pays diplomatiquement isolé et à l'économie défaillante.

Le successeur d'Hugo Chavez, arrivé au pouvoir après le décès de ce dernier en 2013, a été investi à 10h00 heure locale (14h00 GMT) à la Cour suprême, où il a reçu un accueil triomphal au son d'un orchestre symphonique et sous les acclamations de ses partisans.

Invoquant l'héritage de Chavez, il a juré de "remplir tous ses devoirs aux termes de la Constitution".

Le numéro un de la Cour suprême, Maikel Moreno, a expliqué pendant vingt minutes pourquoi le président ne prêtait pas serment devant le Congrès, contrôlé depuis 2016 par l'opposition et que le pouvoir ignore depuis lors.

Les conditions de la réélection de Maduro en mai dernier, au terme d'un scrutin boycotté par les grands partis de l'opposition, ont conduit la quasi-totalité des 14 pays réunis au sein du Groupe régional de Lima à demander au président de renoncer à sa charge. Seul le Mexique s'est désolidarisé de cet appel.

Le président du Paraguay, Mario Abdo, a pour sa part annoncé jeudi que son pays rompait ses relations diplomatiques avec le Venezuela.

Le nouveau président du Parlement vénézuélien, où l'opposition est majoritaire, a affirmé ce week-end que Nicolas Maduro était un "usurpateur".

Le Washington Post, citant une source anonyme au sein des services du renseignement américains, rapporte de son côté que le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, a demandé à Maduro de démissionner, menaçant de quitter le gouvernement si le président n'obtempérait pas.


SITUATION ÉCONOMIQUE ALARMANTE

"Ils ont essayé de faire de la cérémonie d'investiture une guerre mondiale. Mais qu'il pleuve, qu'il y ait de la foudre ou des éclairs, nous triompherons", avait répondu Nicolas Maduro à ses adversaires, mercredi lors d'une conférence de presse.

Avant même la fin du discours d'investiture, les Etats-Unis l'ont accusé "d'usurpation du pouvoir", tandis que le Paraguay a rompu ses relations diplomatiques avec le Venezuela.

"Il est temps pour le Venezuela d'entamer un processus de transition capable de rétablir l'ordre constitutionnel et démocratique en organisant des élections libres et justes qui respectent la volonté du peuple vénézuélien", déclare le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo dans un communiqué.

Le président paraguayen Mario Abdo a annoncé qu'il fermait l'ambassade de son pays à Caracas et qu'il rappelait tout le personnel diplomatique en raison d'une "rupture de l'ordre constitutionnel".

S'il a remporté la présidentielle l'an dernier, c'est avant tout du fait du boycott des principaux partis de l'opposition. Car la situation économique du pays producteur de pétrole est alarmante avec une inflation qui approche des deux millions de pour cent.

Depuis 2015, selon les Nations unies, quelque trois millions de personnes ont émigré pour fuir leurs conditions de vie.

Si peu de pays envisagent de fermer leur ambassade à Caracas ou de rompre avec le gouvernement Maduro, des sources diplomatiques notent que la grande majorité d'entre eux ne se sont pas fait représenter à l'investiture.

Certains dignitaires étrangers ont cependant fait le déplacement, dont le président d'Ossétie du Sud, entité au statut contesté du Caucase qui a fait sécession de la Géorgie.

L'opposition a appelé à des manifestations ce jeudi.

Les autorités ont répliqué en déployant un important dispositif de sécurité.

"Ils essaient de nous effrayer pour que nous ne manifestions pas", dénonce Henry Ramirez, ingénieur informatique de 39 ans qui vit à San Cristobal, dans l'ouest du pays. "Demain, la dictature continue", poursuit-il.

Les grandes manifestations politiques de 2017 se sont estompées, laissant la place à des protestations quasi quotidiennes contre la vie chère, les pénuries d'aliments et de médicaments ou la mauvaise qualité de l'eau.


(Avec Deisy Buitrago et Shaylim Valderrama à Caracas, Tibisay Romero à Valencia, Anggy Polanco à San Cristobal et Mariela Navas in Maracaibo; Henri-Pierre André, Guy Kerivel et Pierre Sérisier pour le service français)