Madagascar: les tombeaux d'Antananarivo, un patrimoine architectural en danger

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Les tombeaux, dispersés çà et là à Antananarivo, se comptent par centaines. Les plus anciens datent de l’époque Vazimba, vers la fin du XVIe siècle. Seuls 20 % d’entre eux sont encore entretenus par les familles des descendants des défunts. Une conférence était consacrée à ce patrimoine architectural malgache « Des tombeaux et des hommes à Antananarivo » au Musée de la Photographie.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

En pierre, érigé de manière à refléter la position sociale de son propriétaire, le tombeau est aussi la demeure, à jamais, de l’âme du défunt. Seulement, dans la capitale, 4 tombeaux sur 5 sont dans un état de délabrement avancé, affirme l’historienne et enseignante à l’université de Tana Raivolala Rahelison.

« L’origine de cet état est due à leur âge, mais aussi due aux décisions de la municipalité pendant la période coloniale de les fermer définitivement à partir des années 1920. À l’époque, il y avait eu une épidémie de peste. Donc cette décision a été prise pour des raisons sanitaires. Et à partir de cette période, les descendants ont été obligés de construire ailleurs, à l’extérieur de la capitale. Et la construction ailleurs a entraîné l’abandon des tombeaux, d’où l’état de délabrement actuel. »

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D’après la chercheuse, aujourd’hui, il y a deux freins majeurs à l’entretien des tombeaux par les descendants. « Ceux qui se sentent encore des liens (avec les défunts, Ndlr) sont refroidis par la lourdeur administrative de la mairie pour obtenir le droit de rénovation, l’accord de tous les descendants. Il y a aussi la pression immobilière parce que la plupart de ces tombeaux se trouvent maintenant dans des quartiers commerciaux. Ce ne sont pas les tombeaux qui valent de l’argent, mais le terrain sur lesquels ils se trouvent. »

Des travaux complexes et... faisant parfois peur

La famille de Guy Rabezato aimerait bien restaurer le tombeau familial de type labordien situé en bordure de la capitale. Les pierres de taille et les arcades datent du XIXe siècle et se fissurent, la pierre levée à l’entrée de la chambre commence à s’incliner :

« On a essayé de trouver des ouvriers pour ce genre de travaux, et l’on a rencontré un problème technique puisqu’aucun des ouvriers que nous avons contactés, et Dieu sait si certains avaient déjà des dizaines d’années d’expérience dans le domaine, aucun n’avait jamais entretenu un tombeau de ce genre. »

La famille s’est également heurtée à un autre problème, culturel, cette fois : « Ce tombeau a une certaine réputation. Il y a beaucoup d’ouvriers qui ne voulaient pas toucher à notre tombeau, soi-disant parce que l’ancêtre principal enterré là, parait-il, était “masika lolo”, c’est-à-dire que son esprit peut châtier facilement. C’est une culture qui perdure jusqu’à maintenant, qui fait que c’est difficile de réhabiliter. »

Pour éviter cette perte progressive du patrimoine culturel malgache, l’historienne Raivolala Rahelison préconise que l’État et la municipalité suppriment le paiement de droits aux descendants. Mais qu’ils imposent également la rénovation de ces tombeaux.

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