Madagascar: à l'approche des sénatoriales, la société civile soulève des dysfonctionnements

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À Madagascar, la plateforme Rohy, qui regroupe des organisations de la société civile dans tout le pays, a mis en place depuis deux ans son observatoire appelé « Safidy » (« choix » en français). A un peu plus d'un mois de ce scrutin qui va renouveler les sièges des membres de la chambre haute, elle dresse un rapport plutôt critique concernant la mise en place et le contexte de cette élection.

avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

Un Sénat qui manquera de légitimité. C'est le constat de la société civile au vu des candidats qui se présentent au scrutin, peu nombreux et en grande majorité proche du pouvoir, nous explique Stella Razanamahefa, porte-parole de l'observatoire Safidy. « Il n'y aura plus de démocratie au sein des sénateurs parce qu'il n'y a qu'un seul parti politique. Nous avons constaté qu'en majorité, les candidats à l'élection sénatoriale sont des proches du pouvoir. Il y a un grand recul par rapport à l'élection de 2015. Il y a 14 listes de candidats dont six de IRMAR, le groupement politique qui est avec le président de la République, deux du parti MMM qui soutient aussi le chef de l'Etat, cinq listes d'indépendants et un groupement de partis politiques Fanorolahy IAD. C'est le seul groupement qui n'est pas proche mais pas opposé non plus au pouvoir actuel. »

Les grands partis d'opposition boycottent le scrutin

Les deux grands partis d'opposition, le TIM de l'ancien chef d'Etat Marc Ravalomanana et le HVM du président sortant Hery Rajaonarimampianina, ont boycotté cette élection et n'ont donc présenté aucun candidat. Ils rejettent, notamment, l'ordonnance présidentielle qui réduit de manière drastique le nombre de sénateurs.... de 63 à 18.

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Une décision prise pour faire des économies et construire des universités, avait indiqué le président Rajoelina. Mais cette réduction interroge poursuit Stella Razanamahefa. « L'argument du président de la République sur cette réduction de sénateurs c'est de pouvoir mettre en place plus d'infrastructures sur le territoire malgache, et ce donc, au détriment de la représentativité des collectivités territoriales décentralisées représentées par les sénateurs. Ce que nous avons constaté aussi, c'est la manière dont a été mise en place cette réduction puisqu'on a sorti une ordonnance au lieu d'un décret pris en conseil des ministres. Si l'idée est vraiment de faire des économies pour construire plus d'infrastructures, faut-il donc réviser aussi le nombre de députés ? Nous constatons donc qu'il y a plus de dispositions politiques que techniques. »

Contrairement à l'Assemblée nationale dominée par des partis pro-pouvoir, la chambre haute est jusqu'à maintenant le bastion du HVM, parti de l'ancien régime.

La société civile déplore aussi le fait que les chefs de régions et de provinces ainsi que leurs conseillers qui devraient faire partie des votants à cette élection n'ont pas été mis en place. Par ailleurs, plusieurs communes ne disposent pas de grands électeurs.

« Nous nous interrogeons sur la légitimité d’une institution mise en place dans des conditions caractérisées par l’exclusion d’office d’une partie des grands électeurs. Chaque voix compte, tel était le slogan lors des précédentes élections, mais cette fois-ci, il ne semble plus être le cas », fait encore remarquer l'observatoire de la société civile.