Madagascar: les scientifiques alertent sur la pollution des sols et de l’air

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Madagascar présente un indice environnemental parmi les plus bas de la planète. Un décès sur cinq dans l’île est causé par la dégradation de l’environnement et ses effets sur la santé. Différents scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme à l’occasion d’une journée de conférences sur ce thème.

De notre correspondante à Antananarivo,

En 2016, une étude est lancée sur la concentration en métaux lourds chez les poissons vivants dans les rizières dans et autour de la capitale. Quatre ans après, le résultat est accablant. La contamination du milieu aquatique au plomb et au chrome atteint des niveaux très largement supérieurs aux normes autorisées à l’OMS et la FAO. L’accumulation de ces métaux lourds dans les sols est perceptible jusqu’à 10 km autour d’Antananarivo. Cette pollution a de multiples facteurs explique, Jean-Michel Mortillaro, chercheur au Cirad en écologie aquatique, a dirigé cette étude.

« Cela vient des rejets urbains issus de l’industrie, de l’artisanat, qui ne sont pas épurées. Et par la population, puisqu’il n’existe pas aujourd’hui de traitement des eaux. Toutes ces eaux souillées ruissellent jusqu’au marais Masay, qui alimente une grande partie des rizières autour de la capitale. Nos observations indiquent que la pisciculture, la pêche, sont incompatibles dans Tana avec la santé humaine ; les niveaux de pollution sont trop importants, affirmeJean-Michel Mortillaro. Et l’agriculture urbaine de manière générale, (cressonnière, riziculture) peuvent être très problématiques pour la santé humaine et donc devrait être sujette à questionnement ».

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Pour rappel, l’intoxication au plomb peut entraîner surtout chez les enfants, un retard mental et des déficiences intellectuelles profondes. Une seconde étude à paraître prochainement qui cible la pollution en milieu rural fait état, elle, d’une très forte utilisation de pesticides. Il a ainsi été observé qu’en deux jours, l’eau polluée par un cocktail de contaminants entraîne des mutations génétiques sur les cellules du riz, de l’oignon et du sang des poissons. Une altération qui soulève beaucoup de questions.

Une pollution de l’air aussi élevée

Quant à la pollution de l’air, l’étude dirigée par l’Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires montre que la situation a empiré entre 2015 et 2017. Ainsi, lorsque la circulation automobile est normale dans la capitale, le niveau de pollution est 3 à 4 fois supérieur aux normes de l’OMS, explique Lucienne Randriamanivo, chef de département d’analyses par fluorescence X et environnement.

« Mais lorsque le trafic est très très dense, c’est 10 fois, 15 fois plus élevé, insiste-t-elle. Ce qu’on a observé, c’est que les jours de marché, le niveau de la pollution de l’air est très élevé, à cause du trafic routier très dense. On a envoyé les résultats à la commune urbaine d’Antananarivo, et aux députés, pour qu’ils prennent des décisions. Mais jusqu’à maintenant, on n’a rien senti bouger chez les décideurs. »

Chercher de nouvelles solutions

Toutes ces données, pessimistes, pourraient néanmoins nourrir de nouvelles réflexions quant au rôle crucial de l’aménagement urbain, des règles fixées par les communes pour mieux répartir ces jours de marché.

Cette journée de conférences a aussi montré à quel point la question de l’impact de l’environnement sur la santé n’était pas uniquement réservée aux ministères de la Santé et de l’Environnement. Les douanes, en contrôlant et interdisant l’import de vieux véhicules, pourraient aussi avoir un rôle clé pour réfréner cette pollution de l’air chaque année plus élevée.

Tout comme la société civile, qui milite et sensibilise déjà la population aux risques encourus. Comme les médias, qui alertent et communiquent sur l’évolution de la situation. Ou comme la science et ses chercheurs, qui plus que jamais, poussent toujours plus loin la recherche pour mettre à jour les problèmes de dégradation de l’environnement, et proposer des solutions.

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