Non, Madagascar n'a pas quitté l'Organisation mondiale de la santé en raison d'un "scandale" lié au Covid-19

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Madagascar claque la porte de l'Organisation mondiale de la santé ? C'est ce que prétendent plusieurs publications, déjà massivement relayées sur Twitter et Facebook en 2020, selon lesquelles le président malgache aurait décidé d'exclure son pays de l'institution en raison d'un "scandale" lié au Covid-19. Cette année-là, Andry Rajoelina s'est effectivement montré critique envers l’OMS qui n'a pas reconnu le Covid-Organics, une boisson présentée par le gouvernement comme un puissant remède contre le coronavirus. Mais il n'a jamais décidé le retrait de Madagascar de l'OMS : "Cette information est complètement fausse", a déclaré le cabinet de la présidence, contactée par l'AFP le 5 mai 2022. Le bureau de l'Organisation mondiale de la santé basé en Afrique a également certifié à l'AFP, le 11 mai 2022, la "présence du pays comme membre de l'OMS".

La République de Madagascar a-t-elle subitement quitté l'Organisation mondiale de la santé en raison d'un "scandale" lié à la pandémie de Covid-19 ? C'est ce qu'affichent plusieurs publications, massivement relayées ces derniers jours sur Tik-Tok, Twitter, Facebook et Telegram.

"Madagascar quitte l'Organisation mondiale de la santé à cause du scandale du covid-19. Le président de Madagascar, Andry Ranoelina, a exclu son pays de l'Organisation mondiale de la santé", peut-on lire sur l'une d'entre elles.

D'autres prétendent directement citer le président de l'île, à qui l'OMS aurait proposé "20 millions de dollars pour mettre des toxines" dans son "remède" contre le Covid-19, cause du retrait de son pays de "cette officine mondialiste."

Ces affirmations étaient déjà très partagées sur les réseaux sociaux il y a deux ans, en mai 2020, quelques semaines après le lancement officiel par le gouvernement malgache du Covid-Organics : une boisson présentée comme un remède traditionnel contre le coronavirus.

A l'époque, l'Organisation mondiale de la santé avait formulé une mise en garde contre cette tisane à base d'artemisia, une plante à l'effet thérapeutique reconnu contre le paludisme. "Vanter ce produit comme préventif pourrait faire croire au gens qu'ils n'ont pas besoin de respecter les autres mesures" telles que le lavage régulier des mains ou la distanciation sociale, avait averti le Dr Moeti.

En réaction, le président Andry Rajoelina avait alors émis des critiques à l'égard de l'institution onusienne, estimant que si un pays européen avait présenté ce traitement, il n'y aurait pas eu "autant de doutes."

C'est dans ce contexte que des publications ont soutenu, sur les réseaux sociaux, que le dirigeant malgache aurait refusé 20 millions de dollars de pot-de-vin versés par l'OMS pour empoisonner le Covid-Organics, provoquant ainsi le retrait du pays de l'agence onusienne. (1, 2)

Des messages similaires sont à nouveau massivement relayés depuis le début du mois de mai. Cependant, rien ne permet d'affirmer qu'Andry Rajoelina a tenu de tels propos, ni que Madagascar a quitté l'OMS. "Cette information est complètement fausse", a ainsi confirmé le cabinet de la présidence malgache, contacté par l'AFP le 5 mai 2022. Le bureau de l'Organisation mondiale de la santé basé en Afrique a également certifié à l'AFP, le 11 mai 2022, la "présence du pays comme membre de l'OMS".

Des propos faussement attribués à Andry Rajoelina

"L'OMS m'a offert 20 millions de dollars pour mettre des toxines dans mon remède Covid-19", aurait affirmé Andry Rajoelina.

Mais l'AFP n'a trouvé aucune trace de ces prétendues déclarations du président, ni dans la presse, ni sur les réseaux sociaux où il est pourtant très actif.

Contactée par l'AFP le 5 mai 2022, la directrice du cabinet de la présidence, Lova Ranoramoro, a par ailleurs confirmé à l'AFP que "cette information est complètement fausse."

"Dire que le président a tenu de tels propos est complètement démesuré, au regard du partenariat que Madagascar entretient avec l'Organisation mondiale de la santé, et tout l'ensemble des partenaires techniques et financiers qui se trouvent encore à Madagascar", a-t-elle ajouté.

Les publications récemment relayées sur les réseaux sociaux reprennent en fait le texte d'un article publié en juin 2021 par le site controversé Réseau International. Celui-ci ne s'appuie sur aucune source fiable, ni sur aucune déclaration officielle.

Des étudiants boivent des bouteilles de Covid Organics, une tisane présentée par le président malgache Andry Rajoelina comme un puissant remède contre le coronavirus COVID-19, en avril 2020 ( AFP / RIJASOLO)

Madagascar toujours membre de l'OMS

Contacté par l'AFP, le bureau de l'Organisation internationale de la santé basé en Afrique a confirmé le 11 mai 2022 la "présence du pays comme membre de l'OMS" -- renvoyant vers une déclaration officielle formulée en 2020.

Capture d'écran d'un PDF communiqué par l'OMS à l'AFP le 11 mai 2022 ( AFP / )

Le drapeau de la République de Madagascar figure d'ailleurs toujours sur le site officiel de l'Organisation mondiale de la santé, à la date du 5 mai 2022.

Capture d'écran prise sur le site de l'Organisation mondiale de la santé le 5 mai 2022 ( AFP / )

Par ailleurs le 30 mars 2022, le compte Twitter officiel de l'OMS Madagascar publiait un article sur la continuité des soins sur l'île, deux mois après le passage de cyclones qui ont notamment détérioré des structures de santé.

"Les autorités sanitaires de Madagascar poursuivent désormais, avec le soutien de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires, les efforts de restauration des soins de santé primaires et secondaires pour les populations desservies par les structures endommagées", peut-on lire dans l'article en question.

Madagascar membre de l'initiative Covax

D'abord réticent après leur mise sur le marché, Madagascar s'est finalement résolu fin mars 2021 à recourir aux vaccins contre le Covid-19, mais de façon facultative et sans pour autant abandonner son "remède" local vanté par Andry Rajoelina.

"Madagascar fait partie des pays qui ont été très vigilants sur l’administration des vaccins", concède la directrice du cabinet de la présidence, "on était observateurs pendant plusieurs mois".

"Mais il y a eu des échanges avec monsieur le président, nos partenaires techniques et financiers et les ambassadeurs, nous avons sollicité l’académie de médecine de Madagascar qui a recommandé de rejoindre l'initiative Covax. Le président de la République lui-même a demandé à ce qu’on la rejoigne dans l'objectif de protéger la population de la pandémie", conclut Lova Ranoramoro.

Lancé par l'OMS et mis en place au début de la pandémie, avant l'arrivée de vaccins efficaces, le dispositif Covax a été instauré pour tenter de garantir un accès équitable du monde entier aux vaccins.

Une infirmière de la clinique mobile de Médecins sans frontières (MSF) inspecte une petite fille pour sélectionner les cas les plus urgents parmi les bénéficiaires qui attendent d'être examinés, dans le village de Befeno, le 2 septembre 2021. ( AFP / RIJASOLO)

Fragilisée par la pandémie de Covid-19, Madagascar est également gravement touchée par une importante famine, décrite par l'Organisation des nations unies (ONU) comme la "première famine au monde due au changement climatique."

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