Madagascar: interrogations sur futur budget de l’État

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À Madagascar s’ouvre la deuxième session parlementaire ordinaire de l’année. L’une des tâches importantes des élus sera d’étudier le projet de loi de finances 2022 puis de le voter. Le document de cadrage des dépenses à moyen terme pour la période 2021-2023 publié en août laisse entrapercevoir les grandes lignes des prévisions des dépenses publiques. Pour la société civile certaines dépenses sont d’ores et déjà remises en question au vu de l’état actuel du pays.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

Depuis plusieurs années, le Collectif des citoyens et organisations citoyennes (CCOC) s’affaire à scruter à la loupe l’utilisation du budget de l’État. Cette année, l’organisation pointe particulièrement du doigt les budgets « sans destination précise », qui représentent encore plus de 8% du budget global (contre 11% en 2020, mais 0,6% en 2017). Des sommes conséquentes mises de côté sans que l’on sache à quoi elles serviront.

Le CCOC, par la voix de sa secrétaire générale Hony Radert, estime que ces montants devraient être alloués directement aux ministères des secteurs prioritaires. « Le ministère de la Santé n’a pas suffisamment été doté par rapport à ce dont il avait besoin pour réaliser son Plan de développement du secteur santé. Nous trouvons qu’il serait beaucoup plus utile, pour la population, que ces montants ‘’sans destination’’ soient directement alloués aux ministères [nécessiteux] et que ces derniers soient tenus responsables des réalisations qu’ils feront avec cet argent-là. »

L’organisation s’inquiète également de l’augmentation des emprunts auprès des partenaires techniques et financiers. Une augmentation de près de 150% : « Là où on tire la sonnette d’alarme c’est que nous n’avons aucune visibilité en tant que citoyens sur ces emprunts. On voudrait que l’État mette en place une plateforme de concertation pour que nous sachions ce sur quoi nous engageons nos enfants et nos petits-enfants à rembourser. Par exemple, le téléphérique à Tana, on parle ici d’un emprunt à hauteur de 150 millions d’euros ! Nous n’avons pas été informés des termes de ce contrat, de l’utilité de ce téléphérique, dans quelle mesure ce téléphérique à 4 000 ariary le ticket (90 centimes d’euro quand un trajet en bus coûte environ 10 centimes d’euro, NDLR) et qui prévoit de transporter 40 000 personnes par jour sera véritablement utile pour la population de la capitale. Combien de personnes pourront y accéder ? Aura-t-on un retour sur investissement suffisant pour qu’on se dise que cet emprunt vaut la peine ? »

Autre doléance, l’insuffisance de priorisation des secteurs sociaux : « On a par exemple le cas des salaires des médecins ou des enseignants que l’on juge insuffisants par rapport à la tâche importante qu’ils ont au niveau du développement du capital humain. Parallèlement, on voit de nouveau des stades fleurir dans différents districts de l’île et la question se pose sur la priorisation par rapport à ce fameux capital humain à développer au niveau de la santé, de l’éducation, au niveau de l’accès à l’eau, de la protection sociale, pour permettre aux personnes vulnérables de sortir de cette vulnérabilité et de devenir des personnes autonomes sur la durée. »

Quant à la corruption qui gangrène le pays, les organes de lutte et de contrôle dédiés ne devraient recueillir cette année que 0,22% du budget.

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