Madagascar: hommages à l'ancien président Didier Ratsiraka avant son inhumation

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La Grande Île a rendu hommage à son ancien président Didier Ratsiraka, avant son inhumation au mausolée d’Antananarivo. Le convoi funéraire de l’ancien président a fait étape en fin de matinée au Palais d’État de Iavoloha, palais qu’il avait fait, d’ailleurs, construire en 1975. Une cérémonie officielle, avec l’actuel chef de l’État, la famille de Didier Ratsiraka, des proches, des membres de son parti l’AREMA et le corps diplomatique a eu lieu dans la Cour d’honneur du Palais.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

La cérémonie s’est terminée en fin de matinée et le convoi funéraire de l’ancien président est ensuite passé dans les différents quartiers de la capitale pour permettre aux Malgaches, sortis dans la rue, de saluer et de rendre un dernier hommage à l’amiral Didier Ratsiraka.

La cérémonie d’honneur militaire s’est déroulée dans la cour du Palais d’État. Au centre, un grand portrait de l’ancien président et son cercueil recouvert du drapeau malgache blanc-rouge-vert. Sur un côté, les différents corps des forces armées. De l’autre côté, les chefs d’institutions, sa famille ou encore des membres de son parti, l’AREMA. La cérémonie militaire est dirigée par le vice-amiral Antoine de Padoue Ranaivoseheno, secrétaire général du ministère de la Défense Nationale :

« L'Amiral Didier Ratsiraka a toujours protégé le pays. Il était différent, car il était exceptionnellement méthodique dans l'exercice de ses fonctions. C'est ce que nous ressentions avant qu'il ne prenne sa retraite des forces de la marine malgache. Amiral Didier Ratsiraka, en ces heures sombres, les corps des forces armées sont en deuil. Nous avons perdu un homme de valeurs. Tes amis te disent au revoir une dernière fois. Au revoir grand frère. Repose en paix. »

Un hommage du président Andry Rajoelina

Après un culte religieux, c'est le chef de l'État, Andry Rajoelina qui a pris la parole et a salué le combat de l'ancien Président pour la rétrocession des Îles Éparses administrées par la France :

« C'était un leader qui avait des projets, des idéologies et beaucoup de courage pour les exécuter. C'est aussi le premier président qui a osé revendiquer les îles Malgaches et il y a eu la décision des Nations Unies. Un jour, il m'a dit qu'il s'était battu seul et qu'il s'était senti comme un arbre sans forêt. Il a dit que ce n’était pas facile, mais qu'il fallait continuer. Voilà son message. On peut compter sur les doigts de la main, les leaders qui aiment vraiment leur pays et qui s'y dévouent comme lui »

Andry Rajoelina est aussi revenu sur les 21 ans au pouvoir de l’ancien chef d’État et notamment son engagement pour l’éducation, avec la construction d’écoles primaires publiques, dans chaque quartier, de collèges et de lycées dans tous les districts.

Didier Ratsiraka raconté par ses proches

C’est ensuite Elysée Ratsiraka, le frère de Didier Ratsiraka, qui a rappelé des souvenirs d’enfance et de jeunesse de l’ancien président. Il est revenu sur la jeunesse de l'ancien président sous la colonisation :

« Didier aimait bien raconter ce qu'il avait vécu et je vous le partage, car on lui dit au revoir aujourd'hui. Lorsqu'il a commencé à étudier au collège Saint Michel, pour les Malgaches, c'était seulement du thé et du pain sec en guise de petit-déjeuner. Il a dit à ses camarades : "ce n'est pas tolérable, nous aussi on paie. Nous allons montrer que nous ne sommes pas d'accord". Au moment de servir le petit déjeuner, ils ont mis les pieds sur la table et quand le directeur est arrivé il lui a dit : "ce n'est pas normal cette différence de traitement". Le lendemain, tout le monde avait le même traitement. Il m'a dit : "C'est à cette époque là que j'ai commencé à être un leader" »

Proche collaborateur et un des leaders du parti Arema, le Professeur Ange Andrianarisoa a lui décrit un intellectuel et un bâtisseur :« Le président Ratsiraka est le premier à avoir montré le chemin de la solidarité nationale, et cela, notamment à travers les infrastructures. Où que nous soyons à Madagascar, nous voyons les travaux qu'il a réalisés : les écoles primaires dans chaque quartier, les collèges dans chaque commune, les lycées dans chaque district et les centres universitaires dans chaque région. »

Un convoi funéraire a ensuite emmené l'ancien président jusqu'à sa dernière demeure, le Mausolée d'Ambohitsaina, dans le centre de la capitale. Il l'avait fait construire pour les combattants nationalistes malgaches qui avaient perdu la vie, lors de l’insurrection du 29 mars 1947 contre les anciens colons français.

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