Madagascar: la colère des taxis-brousse qui ne peuvent plus porter de lourdes marchandises

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Une note du ministère des Transports et du tourisme interdit aux taxis-brousse qui assurent les liaisons entre les villes de toute la Grande Île, de transporter sur leur toit certaines marchandises : motos, meubles, pneus, matériaux de construction. Un manque à gagner considérable s'alarment les conducteurs.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

À la gare routière de Fasan'ny Karana, des dizaines de dockers s'activent au chargement des taxis-brousse en vue de départs pour le sud de la Grande Île. Canapés, pneus ou encore barres métalliques, sont arrimés sur de nombreuses galeries de Sprinter, petites camionnettes de 22 places.

La décision du ministère ne peut pas être appliquée, explique Raymond, l'un des chauffeurs qui se prépare pour un trajet vers Fianarantsoa à 400 km d'Antananarivo : « Sans le transport de ces marchandises, les conducteurs n'ont pas de salaire ! La majorité des frais de transports des voyageurs, on le donne au patron de la compagnie de taxis-brousse. Il n'y a plus de raison que je fasse ce travail si je ne peux plus acheminer ces marchandises. »

Contactée, l'Agence des transports terrestres indique que cette décision a été prise après le constat de plusieurs accidents de la route dus à une surcharge des véhicules. « Les taxis-brousse sont des transports de personnes donc ils sont autorisés à prendre les bagages des voyageurs, c'est à dire pas plus de 20 kilos », fait savoir son directeur, le Général Jeannot Reribake, qui précise que le transport de bicyclettes est autorisé.

Un argument que le chauffeur de taxi-brousse n'approuve pas complètement : « Les accidents c'est aussi à cause des routes en très mauvais état. Ce n'est pas seulement la faute de nous chauffeurs et des marchandises que nous transportons. Les autorités nous imposent beaucoup de contraintes, mais nous on a jamais le droit de se plaindre de l'état des routes. Quel est le problème de transporter une seule moto sur notre toit ou des balles de fripes du moment que ça respecte la hauteur limite de 80 cm ? »

À quelques mètres de là, Rivo, chauffeur de taxi-brousse sur la ligne Antananarivo-Morondava, conteste aussi cette nouvelle mesure. « Quand nous n'avons pas assez de passagers ou qu'ils descendent avant le terminus, nous sommes obligés de compenser avec le transport de marchandises. »

Si les autorités veulent faire appliquer une telle réglementation, elle doit être accompagnée d'une hausse des tarifs, estime Jérôme chef de bureau de l'une des compagnies de transports de la gare : « Je suis d'accord qu'il faut éviter les accidents, mais cette décision n'est pas très juste. Nous chauffeurs et transporteurs, on demande au ministère que les frais des passagers augmentent pour compenser la perte du transport de marchandises. Les tarifs pour les passagers ne sont pas rentables pour nous. »

Malgré les sanctions encourues : notamment le retrait du permis de conduire, dans cette gare routière, de nombreux chauffeurs ont décidé de prendre le risque de rouler avec des marchandises interdites par la note du ministère. Ces derniers lui demandent de revenir sur sa décision.