Macron veut "relancer la construction de réacteurs nucléaires", 5 questions pour comprendre

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ENVIRONNEMENT - “Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays”. Dans cette petite phrase d’Emmanuel Macron mardi 9 novembre, trois mots à l’effet détonnateur: “construction”, “réacteurs”, “nucléaires”. Mais au-delà de l’effet d’annonce, qu’y a t-il vraiment derrière?

Il n’a pas fallu attendre très longtemps avant que les écologistes puis d’autres à gauche ne s’indignent: “totalement irresponsable” pour Yannick Jadot, ironie de la part d’Anne Hidalgo, rappel par l’exemple de Flamanville pour Mélenchon... À droite, plus favorable au nucléaire, on se fait plus discret.

Pourtant, cette annonce d’Emmanuel Macron n’en est pas vraiment une. D’une part, elle n’est pas vraiment surprenante: “cela fait plusieurs mois que le président de la République marque son souhait de ‘relancer le nucléaire’”, rappelle au HuffPost Arnaud Gossement, docteur en droit spécialisé en droit de l’environnement. Ensuite, et surtout, elle est très imprécise: les nouveaux réacteurs viendront-ils s’ajouter au parc existant ou le moderniser? Dans l’objectif de “décarbonisation” affiché, va-t-on augmenter la part du nucléaire dans la production électrique ou conserver l’objectif actuel de 50% en 2025?

“Le président aura l’occasion de s’exprimer dans les prochaines semaines sur ce sujet-là pour donner des précisions à la fois d’ordre technique -le type de réacteur- et de calendrier”, a indiqué Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, sur France info au lendemain de l’allocution présidentielle.

En attendant, Le HuffPost a donc sondé Arnaud Gossement pour tenter de décrypter cette sortie radioactive.

Que comprenez-vous de l’annonce d’Emmanuel Macron de “relancer la construction de réacteurs nucléaires”?

Annoncer de nouveaux réacteurs est un petit pas, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Pour faire une vraie relance nucléaire claire, il faut retoucher un peu le cadre juridique, ce qu’il n’a quasiment pas fait jusqu’à maintenant.

En l’état actuel du droit (la puissance du parc nucléaire est plafonnée par la loi à 62 GigaWatts), un nouveau réacteur devrait venir en substitution à un ancien, avec une puissance égale. Il n’y aurait pas d’augmentation de la puissance installée, uniquement modernisation de l’outil. C’est le sens du tweet de Barbara Pompili, qui s’est empressée de rappeler la notion de “maintien de la capacité installée nucléaire”.

Cela veut dire qu’on n’aura pas d’augmentation de la part du nucléaire dans notre production d’électricité, même en construisant de nouveaux réacteurs. On est donc loin d’une relance du nucléaire, comme l’attend la filière.

Il est évident qu’il n‘y aura rien avant la prochaine présidentielle.

La construction de nouveaux réacteurs dépend-elle uniquement de la volonté du président de la République?

Non. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui décide. Le processus juridique est long. Tout d’abord, il va falloir que l’État définisse l’objectif: moderniser l’outil sans augmenter la capacité de production ou alors revenir sur l’objectif de 50%.

Ensuite, il faudra qu’EDF, le producteur n°1 d’électricité, dépose une demande pour la construction. Préalablement à l’instruction de cette demande, il va falloir organiser un débat public via la Commission Nationale du débat public: entre l’organisation, le débat lui-même et la restitution, cela prend plusieurs mois. Et par plusieurs mois, cela signifie qu’il y a peu de chances que ça se soit finit avant la présidentielle. Troisièmement, il y a tout une procédure principalement menée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire.

Tout cela aboutit à un décret, signé par les ministres compétents du gouvernement en place, au moment T. À supposer que l’État confirme son souhait de construire de nouveaux réacteurs nucléaires, ce n’est pas demain la veille qu’ils seront en service. Et il est évident qu’il n‘y aura rien avant la prochaine présidentielle.

S’il n’est pas réélu en 2022, Macron peut-il obliger son successeur à poursuivre la construction de réacteurs?

Non. La procédure peut être interrompue sous plusieurs motifs à n’importe quel moment. Vous ne pouvez pas imposer de construire un EPR au futur président de la République, s’il ne s’agit pas d’Emmanuel Macron.

Même si EDF a déjà déposé sa demande?

EDF a le droit à ce que sa demande soit instruite. Elle le sera. Maintenant, le sujet du nucléaire n’est pas strictement juridique, il est aussi très politique. Si on a un gouvernement violemment hostile à la construction de nouveaux réacteurs, on peut imaginer qu’il réduise l’objectif de part du nucléaire dans la production d’électricité et explique à EDF que leur demande n’est pas conforme aux objectifs politiques.

C’est donc une annonce de pure forme qui a toutes les chances de ne jamais être concrétisée?

C’est une annonce politique, qui n’a pour l’instant aucun traduction juridique. Il n’y a donc aucune garantie que cette procédure aille jusqu’au bout, surtout si ce n’est pas Emmanuel Macron à l’Élysée après avril 2022. Si la procédure était engagée maintenant, la mise en service d’un nouvel EPR n’aura probablement lieu qu’après un éventuel second quinquennat d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas le prochain président de la République qui inaugurera le nouveau réacteur, c’est celui d’après. Rappelez vous l’EPR de Flamanville, on était à la fin du quinquennat de Jacques Chirac…

Retrouvez aussi l’épisode du podcast L’Envert du Décor consacré au nucléaire.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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