Macron en opération selfies et câlinothérapie avec les maires

Macron (ici le 24 avril 2017) en opération selfies et calinothérapie avec les maires
LIONEL BONAVENTURE / AFP Macron (ici le 24 avril 2017) en opération selfies et calinothérapie avec les maires

POLITIQUE - Mes bien chers maires. Emmanuel Macron se rend au congrès annuel des maires de France ce mercredi 22 novembre, pour y rencontrer des élus inquiets face à la hausse des prix de l’énergie. Le chef de l’État ne prononcera pas de discours cette année, mais il fera une « déambulation » pour avoir un contact « direct et fort » avec les édiles, selon les mots de l’Élysée.

C’est Élisabeth Borne qui conclura le congrès, jeudi. Le président de la République, lui, se contente d’un exercice moins « formel », explique-t-on encore au Palais, qu’il a déjà pu expérimenter l’année dernière, en cette même occasion, lorsqu’il avait pris un premier bain de foule auprès des édiles. Détendu, il multipliait alors les selfies après avoir été contraint d’écouter sur scène la lecture d’une résolution virulente de l’AMF sur son bilan, six mois avant la présidentielle, et cinq ans après une première rencontre sous les sifflets.

Fidèle au rendez-vous qu’il a institué, Emmanuel Macron doit ensuite recevoir un millier de maires à l’Élysée, en début de soirée. Une opération selfie et câlinothérapie, en deux temps… Comme pour définitivement solder un premier quinquennat aux relations orageuses ? Le ton, ce mercredi, devrait, en tout cas, être bien plus apaisé que lors des années précédentes.

Une page à tourner ?

Le président Les Républicains de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard, garde d’ailleurs un souvenir mouvementé de la dernière venue du chef de l’État, fin 2021. Le maire de Cannes évoque auprès de l’AFP une intervention du président de la République jugée « très dure », contre les collectivités locales. À l’Élysée, on préfère rappeler, à raison, que le dernier « discours » d’Emmanuel Macron a « été assez largement applaudi. Ce qui montre bien que le climat était quand même constructif ».

« Le discours de l’Élysée a complètement changé »
David Lisnard, président de l’AMF à l’AFP

Quoi qu’il en soit, David Lisnard estime que « le discours de l’Élysée a complètement changé ». Un réchauffement dû à la perte de majorité absolue à l’Assemblée nationale ? Ou, au contraire, à l’effondrement des candidats républicains et socialistes à la présidentielle ?

Les avis divergent. « Le président de la République n’a pas attendu la séquence législative pour engager ce dialogue », assure-t-on à l’Élysée, car, « c’est ensemble que l’on construit des solutions ». « Ce n’est pas tant la posture des collectivités qui a changé, mais celle du gouvernement », rétorque une source proche des associations d’élus, citée par l’AFP, qui attribue ce changement à la volonté de l’exécutif de « chercher des relais auprès des élus locaux pour infléchir les votes de l’opposition au Parlement ».

Car si le RN et les Insoumis constituent les principales forces d’opposition à l’Assemblée, il n’en va pas de même avec les associations d’élus, contrôlées par Les Républicains, les socialistes et les centristes. Leurs voix peuvent s’avérer précieuses au Parlement pour la majorité. « Le gouvernement a intérêt à essayer de trouver des compromis avec notre association », résume ainsi David Lisnard en parlant d’un rapport de force « favorable » pour les élus locaux face à l’exécutif.

Les dotations, nerf de la guerre

Concrètement, ces élus se réjouissent du dialogue lancé par Élisabeth Borne depuis son arrivée à Matignon, multipliant les rencontres avec les associations concernées. « Aujourd’hui, les concertations avec les élus sont permanentes », atteste ainsi le sarkozyste Gil Avérous, maire Les Républicains de Châteauroux, récemment élu président de l’Association des villes de France (VdF). Selon lui, « ces consultations menées au quotidien, proviennent du passé local de bon nombre de membres du gouvernement » comme Christophe Béchu et Caroline Cayeux, les anciens maires d’Angers et de Beauvais. Deux personnalités de droite, en chargent de la « cohésion des territoires » au gouvernement.

Restent, malgré cette détente apparente, plusieurs sujets éruptifs. Parmi eux, la question des financements locaux - de la suppression de la taxe d’habitation aux enveloppes accordées par l’État aux collectivités - pourrait bien s’immiscer dans la déambulation du chef de l’État. Qui plus est dans un contexte marqué par l’inquiétude des maires face à l’inflation galopante et les prix de l’énergie à la hausse. Ils jugent, dans un communiqué publié par l’AMF en marge de l’événement, que leur capacité d’agir, thème de ce 104e congrès, est « durement et durablement impactée. »

« On apporte des solutions et des fonds »
Un proche du chef de l’État

Ce n’est pas un hasard si l’Élysée a tenu à « rassurer » les édiles du pays avant la visite présidentielle, en affirmant, auprès des journalistes, que l’État était bien à « leur côté » pour « les aider à franchir cet obstacle ». « On apporte des solutions et des fonds », insiste ainsi un proche du chef de l’État, en évoquant, notamment, l’augmentation de la dotation de fonctionnement. La DGF est effectivement en hausse de 320 millions d’euros, cette année, pour les collectivités territoriales, au lieu des 210 millions initialement annoncés. De « l’esbroufe communicationnelle » pour le président de l’AMF David Lisnard, qui a estimé lundi, sur Public Sénat, que cette augmentation est le simple « résultat de transferts de compétences ou de suppressions de fiscalité ».

En d’autres termes : « De la poudre de Perlimpinpin », selon les mots du patron, respecté, de l’AMF qui paraphrase Emmanuel Macron. Une critique qui expliquerait la discrétion du président de la République ce mercredi ? Et le fait qu’il choisisse de ne pas prendre la parole ? Pas du tout, rétorque l’un de ses proches, sans manquer de souligner que les maires seront libres de leur parole quand ils croiseront la route du chef de l’État. À portée d’engueulade.

À voir également sur Le HuffPost :

Lire aussi