Macron en mission France dans le Pacifique, un an après la « baffe » des sous-marins avec l’Australie

Emmanuel Macron, le 15 novembre 2022, lors du sommet du G20 à Bali.
WILLY KURNIAWAN / AFP Emmanuel Macron, le 15 novembre 2022, lors du sommet du G20 à Bali.

POLITIQUE - De Bali à Bangkok. Emmanuel Macron se lance ce mercredi 16 novembre dans un nouveau marathon diplomatique dans la région indopacifique avec un objectif : réaffirmer la place de la France dans cette zone éloignée d’une dizaine de milliers de kilomètres de Paris, et où les enjeux commerciaux, militaires et géopolitiques sont cruciaux pour l’avenir.

Jusqu’au vendredi 18 novembre, le président de la République participe au Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec) à Bangkok en Thaïlande. Une première pour un chef d’État européen.

Après avoir rencontré et échangé avec les présidents chinois Xi Jinping, indonésien Joko Widodo et les Premiers ministres indien Narendra Modi et australien Anthony Albanese en marge du G20, Emmanuel Macron va tenter de relancer les ambitions stratégiques de la France en Asie-Pacifique, mises à mal par la crise avec l’Australie autour d’un méga contrat de sous-marins. Il espère surtout une « reconnaissance » des ambitions et de l’influence de la France lors du sommet de l’Apec, selon les précisions de l’Élysée.

L’Indopacifique, priorité stratégique pour la France

Emmanuel Macron a érigé en priorité stratégique cette vaste zone allant des côtes est-africaines aux côtes ouest-américaines - d’où son appellation « Indopacifique » - où la France compte de nombreux territoires et espaces maritimes. Les défis y sont nombreux. Ce centre névralgique du commerce mondial abritera 60 % de la population et du PIB mondiaux en 2030. Les attentions s’y portent d’autant plus qu’il est le théâtre d’une rivalité croissante entre Chine et États-Unis.

Dans cette région, la France compte la majeure partie de sa zone économique exclusive (ZEE), la deuxième du monde, articulée autour de sept territoires, de la Réunion à la Nouvelle-Calédonie et Tahiti, où vivent 1,65 million de ressortissants. Ce vaste espace maritime lui offre un droit de regard de premier plan sur les enjeux environnementaux et liés à la pêche, ainsi que la lutte contre les trafics liés aux océans.

La France est aussi de plus en plus présente militairement, privilégiant, outre ses propres points d’appui, une coopération croissante avec les pays riverains. Elle multiplie les exercices conjoints (Inde, Japon) et les patrouilles en mer de Chine, zone qui concentre les tensions et où Pékin multiplie les revendications.

La « grosse baffe » de l’alliance AUKUS

La conclusion de l’alliance AUKUS entre l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni, avec pour corollaire l’annulation par Canberra d’un contrat d’acquisition de douze sous-marins français, a fortement contrarié ces ambitions en 2021. « La grosse baffe, c’est de ne pas avoir été invité, même sur un strapontin, dans l’alliance AUKUS », relève l’expert en géopolitique Jean-Marc Balencie.

Après cette brouille diplomatique, les dirigeants ont cependant réussi à s’entendre. Emmanuel Macron s’est réconcilié avec son homologue américain Joe Biden, qui a fait amende honorable dans l’affaire AUKUS et l’attend le 1er décembre à Washington pour une visite d’État.

L’heure est aussi au réchauffement avec l’Australie et son nouveau Premier Ministre, Anthony Albanese. Paris pourrait même être de nouveau sur les rangs pour vendre des sous-marins à l’Australie en attendant ceux promis par les États-Unis.

La France, « troisième acteur » dans la zone ?

L’affaire AUKUS est susceptible en outre d’avoir un effet positif inattendu en démontrant le non-alignement de la France sur Washington, alors que nombre d’États de la région refusent de choisir entre États-Unis et Chine. « AUKUS paradoxalement nous a donné quelques arguments, on peut jouer cette voie de troisième acteur », avance l’amiral Pascal Ausseur, directeur général de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES). « On n’a pas un boulevard parce que les deux gros ne nous laissent pas beaucoup de place, mais il y a une place ».

La marge de manœuvre de la France reste aussi contrainte militairement. Seuls 7 000 soldats sont déployés en permanence dans la zone, ainsi que quelques patrouilleurs et avions de reconnaissance. « Ses forces de souveraineté sur zone sont saturées par les missions de surveillance des territoires », relève Céline Pajon à l’Institut français de relations internationales (Ifri).

Pour se faire une place, la France a renforcé ces derniers mois sa coopération avec l’Indonésie, grande puissance régionale (270 millions d’habitants), et entend multiplier ces partenariats. Lors de la rencontre bilatérale au G20 avec le président Joko Widodo, Emmanuel Macron « a réaffirmé l’engagement de la France dans la région pour promouvoir la stabilité et la coopération face aux défis communs », a indiqué l’Élysée. Jakarta a signé en février un premier contrat d’acquisition d’avions de chasse français Rafale et est intéressé par des sous-marins, des corvettes et d’autres équipements militaires.

La stratégie française s’inscrit dans la nouvelle approche Indopacifique de l’Union européenne. « Celle-ci, pour convaincre, doit être mise en œuvre de manière concrète le plus rapidement possible, être lisible et visible », prévient la chercheuse.

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