Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sur TikTok, une bonne idée ?

Lucile Descamps
·5 min de lecture
Emmanuel Macron est arrivé sur Tiktok, et s'il semble s'adresser aux utilisateurs du réseau social, il vise en fait leurs parents.
Emmanuel Macron est arrivé sur Tiktok, et s'il semble s'adresser aux utilisateurs du réseau social, il vise en fait leurs parents.

Ces derniers jours, TikTok a vu débarquer Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Et qu’importe s’ils n’ont pas tout à fait les codes : leur présence sur les réseaux sociaux leur offre quand même une image moderne... du moins auprès de leurs électeurs.

C’est une situation à laquelle personne ne s’attendait vraiment : une guerre de communication entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sur... TikTok. Le tout avec une référence à la chanson “Anissa”, de Wejdene.

Le premier épisode remonte au 7 juillet. Pour la première fois, le président de la République est apparu sur le réseau social TikTok, en postant une vidéo dans laquelle il félicite les nouveaux bacheliers après cette année scolaire particulière, et leur donne des conseils pour l’avenir. Un ton solennel bien loin des courtes vidéos plutôt axées sur la musique, la danse ou l’humour qui pullulent sur le réseau social chinois.

Les électeurs plus âgés dans le viseur

Mais tant pis s’il n’a pas les codes. Car ce message, s’il s’adresse officiellement aux bacheliers, a en fait une portée bien différente, comme nous l’explique Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po et président de MCBG Conseil. “Cette communication n’est en fait pas destinée aux jeunes du tout... mais plutôt à leur parents ou leur grands-parents, qui eux-mêmes n’ont de toute façon pas les codes de ce réseau social”, nous précise-t-il. “Ça lui donne l’image d’un président moderne, dans le coup”, poursuit le spécialiste.

Bien sûr, les utilisateurs de TikTok ont pu être étonnés par cette vidéo loin des standards, mais ils ne sont pas la cible, puisqu’ils ne votent pas beaucoup. En 2017, année d’élection présidentielle, moins d’un électeur sur cinq, âgé de moins de 29 ans, a voté à tous les scrutins, comme le rapporte RTL. “S’il n’y avait pas cette abstention massive chez les jeunes, ce serait différent”, avance Philippe Moreau-Chevrolet.

Jean-Luc Mélenchon aussi sur YouTube et Twitch

Si Emmanuel Macron a fait une arrivée remarquée sur TikTok, les réseaux sociaux restent le terrain privilégié de Jean-Luc Mélenchon. Il est évidemment présent sur les classiques Facebook et Twitter. Mais il a aussi créé une chaîne YouTube, en 2016, dans laquelle il ne se contente pas de diffuser des meetings : il y publie aussi des vidéos presque chaque semaine, face caméra, à la manière d’un vrai Youtubeur. Plus récemment, à la fin du mois de mai dernier, il a lancé sa chaîne Twitch, appelée “Twitchons”, pour des sessions de questions-réponses avec les internautes, rappelle Le Point.

Mais il s’est fait voler la primeur sur TikTok. Or, la première personnalité politique à arriver sur un réseau social bénéficie d’un bel effet médiatique, comme nous l’explique le professeur de communication politique. Mais qu’à cela ne tienne ! Dès le lendemain de la publication d’Emmanuel Macron, le leader de la France Insoumise se créait lui aussi un compte TikTok et publiait une vidéo se rapprochant plus des critères habituels : un format très court, une note d’humour et une référence musicale.

Barack Obama, le pionier

Investir les réseaux sociaux est “une stratégie assez classique, qu’avait développé Barack Obama à l’époque”, souligne Philippe Moreau-Chevrolet. Décrit comme le premier “président des réseaux sociaux”, l’ancien chef de l’État américain a converti la Maison Blanche à Facebook, Flickr, Vimeo, iTunes et MySpace. Il est le premier à avoir fait une interview sur Linkedin, le premier à avoir tenu un live sur le réseau de Mark Zuckerberg, le premier à avoir tweeté depuis le compter @POTUS (Président of the United States).

Évidemment, la popularité grandissante de ces réseaux sociaux, à l’époque des mandats de Barack Obama, était propice aux “premières”. Mais il a délibérément emprunté la voie du numérique et il y est allé pleinement pendant ses huit années à la Maison Blanche.

Ce qui représente une grosse différence avec nos présidents français. “En campagne, ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux, ils n’hésitent pas à le faire et sont très investis. Et quand ils arrivent au pouvoir, ils arrêtent de les utiliser. On ne comprend pas pourquoi, on n’a pas le recul historique, mais c’est une constante”, commente le professeur de communication politique, citant en exemple les deux derniers chefs de l’État. Emmanuel Macron se lance ainsi, déjà, dans la course pour 2022.

Castaner, Ndiaye et Ruffin présents aussi

D’autres, au sein de la majorité ou de l’opposition, tentent aussi de s’approprier les réseaux sociaux et de se montrer modernes. Lorsqu’il était porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner débriefait les Conseils des ministres en voiture ou en vélo, avant de mettre les vidéos en ligne. Celle qui lui a succédé, Sibeth Ndiaye, a pour sa part jeté son dévolu sur Twitter, en proposant des sessions de questions-réponses avec les internautes lors de ses “#AskPPG” hebdomadaires... ce qui lui a valu quelques moqueries et détournements.

Chez les Insoumis, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin est lui aussi très actif sur YouTube, via des vidéos face caméra tournées dans sa cuisine ou, plus récemment, près des Hortillonnages amiénois, entouré de quelques bières locales. Plus rien d’étonnant, donc, à voir hommes et femmes politiques investir les réseaux sociaux... même si la moyenne d’âge y est relativement basse !

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