Macron à Kiev: L'opposition n'apprécie pas le timing

Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky à Kiev, le 16 juin. (Photo: SERGEI SUPINSKY via Getty Images)
Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky à Kiev, le 16 juin. (Photo: SERGEI SUPINSKY via Getty Images)

Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky à Kiev, le 16 juin. (Photo: SERGEI SUPINSKY via Getty Images)

POLITIQUE - C’est une demi-surprise. Après avoir laissé planer le doute quant à l’opportunité d’une telle visite, Emmanuel Macron est arrivé à Kiev, ce jeudi 16 juin, en compagnie de ses homologues italien et allemand.

Arrivé en gare après dix heures de train depuis le sud-est de la Pologne, le chef de l’Etat français, qui assume jusqu’au 30 juin la présidence tournante de l’Union européenne, a déclaré apporter “un message d’unité européenne” et de “soutien” au peuple ukrainien ”à la fois pour le présent et pour l’avenir”.

C’est une visite historique. C’est la première fois que le président de la République se rend à Kiev depuis le début de l’invasion russe, lui qui a longtemps hésité à faire le déplacement pour ne pas “humilier” le Kremlin.

Mais à trois jours du second tour des élections législatives, qui restent incertaines pour son camp, cette initiative diplomatique fait jaser en France.

Diplomatie opportuniste?

L’opposition trouve effectivement un angle d’attaque dans son absence du sol français, un “mépris” fustigé par le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, qui enchaîne les passes d’armes à distance avec lui, doublé d’une forme d’opportunisme.

Dans cet esprit, son fidèle lieutenant, le député LFI Alexis Corbière ne manque pas de saluer le “soutien” d’Emmanuel Macron au peuple ukrainien... tout en agitant le spectre de la mise en scène. “Je ne voudrais pas que le martyr du peuple ukrainien serve à Monsieur Macron pour des opérations de politiques intérieures”, a-t-il ainsi lancé sur l’antenne de Cnews, quelques heures après l’arrivée du chef de l’Etat à Kiev, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Pour le député (NUPES) de Seine-Saint-Denis, réélu dès le premier tour des législatives, “personne n’est dupe sur le fait que ce déplacement, dont on parlait beaucoup, se déroule à trois jours du second tour qui va être déterminant pour la vie politique française.” ”Ça permet (à Emmanuel Macron) de se remettre en scène avec des images de dirigeants internationaux”, a-t-il ajouté, en laissant planer une “interrogation” sur les réelles intentions du chef de l’Etat.

“Stratégie d’évitement” et “posture”

Même discours pour Marine Le Pen. Invitée de France Inter ce mercredi, la patronne du Rassemblement national, candidate dans le Pas-de-Calais, estime  “parfaitement légitime” que le locataire de l’Elysée “aille à Kiev et qu’il continue à avoir des discussions avec Vladimir Poutine”. Mais pas forcément dans ces conditions.

Selon elle, “Emmanuel Macron se sert de cette posture de chef de guerre”, à trois jours d’un scrutin périlleux, pour tenter d’avoir une influence sur les élections législatives”. “On n’ira pas perturber la voix de la France”, ajoute de son côté Sébastien Chenu, le porte-parole du parti d’extrême droite, sur France 2, “mais on voit bien qu’il est spectateur, il a joué les choses de façon un peu perso, il n’a pas pris de grandes initiatives.”

Des critiques que l’on retrouve en creux dans la bouche de Christian Jacob, le patron des Républicains. S’il ne s’attarde pas sur le timing de cette visite, le député sortant de Seine-et-Marne, qui ne se représente pas, craint une “mise en scène” un peu “caricaturale” de la part du chef de l’Etat.

“Si on veut vraiment aboutir à un accord, à une médiation, ce n’est pas en se mettant en scène à grand renfort de publicité et de communication”, a ainsi pesté, le président des Républicains sur Europe 1.

Jean-François Copé, le maire de Meaux, évoque quant à lui la “folie” de la “stratégie d’évitement” du président de la République qui, par son absence du débat, “laisse monter extrême droite et extrême gauche”.

“Un peu de dignité”, demande Clément Beaune

Autant d’attaques que le ministre chargé de l’Europe, Clément Beaune, estime infondées. Ce proche d’Emmanuel Macron, lui-même candidat à Paris où il est en difficulté face à la cheffe de file insoumise Caroline Mécary, appelle les oppositions à avoir de la “hauteur de vue et de la dignité”.

“Le président de la République n’est pas candidat aux législatives”, a-t-il insisté ce jeudi sur franceinfo, avant d’expliquer que ce déplacement s’inscrit dans “une semaine de sommet européen”. Interrogé quelques heures plus tard, Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement, a donné les mêmes éléments de réponse. “De grâce, on a un peuple qui souffre (...) il ne faut pas mélanger. Le temps électoral, le temps politique n’est pas forcément le temps du monde. Le monde continue à tourner”, a-t-elle répondu, en défendant l’action du chef de l’Etat à l’international.

De quoi calmer les esprits? Sans doute pas à l’heure où le flot d’invectives ne se tarit pas entre mélenchonistes et macronistes. Gauche, droite et extrême droite ont, avant cela, dénoncé la déclaration du président mardi sur le tarmac d’Orly. Juste avant son départ, avion vrombissant derrière lui, il avait appelé les Français à lui donner une majorité “solide” et à opérer un “sursaut républicain” pour éviter le “désordre”.

A voir également sur Le HuffPost: Macron explique sa visite à Kiev avant les législatives

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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