"M", premier film de Sara Forestier : les bégaiements d'un amour éperdu

Jacky Bornet
César de la meilleure actrice en 2011 pour "Le Nom des gens", Sara Forestier signe "M", son premier long métrage qu'elle portait en elle depuis 15 ans. Une histoire d'amour entre deux êtres bousculés par la vie. Lila est bègue et Mo ne sait ni lire ni écrire. Très bien accueilli par la presse et au Festival de Venise, "M" n'est-il toutefois pas un peu surestimé ?

Fragilités

Présenté à la dernière Mostra de Venise, "M" y a reçu le prix de la meilleure réalisatrice et du meilleur acteur, dans la section Venice Days, sélection parallèle du festival, équivalente à la Quinzaine des réalisateurs cannoise. En cette semaine du handicap, si l'on considère le bégaiement et l'illettrisme comme tels, la sortie de "M" est toute désignée, sans considérer un quelconque calcul sur cette date de distribution. La nature des personnages pèse toutefois lourd dans l'appréciation du film et détermine une bonne partie du sujet.

"M" n'en reste pas moins avant tout une histoire d'amour, forte, passionnelle et belle. Entre cette jeune femme bloquée dans sa parole et talentueuse à l'écrit, avec cet homme virile, charismatique qui ne s'exprime que par la parole, incapable de lire ni d'écrire. Un amour mal parti en raison de cette communication tronquée. Cette fragilité commune va les rapprocher L'actrice-réalisatrice confie avoir elle-même vécue avec un homme dont elle a appris, après coup, qu'il était illettré, sans jamais s'en être aperçu. Si l'autobiographie est moteur de la fiction ce n'est toutefois pas elle qui domine. Elle motive le besoin de raconter une autre histoire.

Reportage : N. Hayter / A. L. Beryhiaud / G. Ghorghita / C. Ferron

Amour et apprentissage

Ce beau sujet est le point fort de "M". Sara Forestier fait en même temps preuve d'un véritable effort de mise en scène. Jouant d'une image naturaliste dans un environnement de cité banlieusarde, elle ne tire pas sur cette corde, mais cerne des gens simples, dignes, empathiques. Les leçons que donne Lila à sa jeune soeur sont parmi les plus beaux moments du film. Tout comme la figure du père, taiseux, qu'interprète un Jean-Pierre Léaud discret mais frappant. Sa présence renvoie à Godard, tout comme les cartons écrit qui jalonnent le film. Le milieu interlope de courses de vitesse dans lequel évolue Mo participe du contraste existant entre les deux amants. Cette différence est (...)

Lire la suite sur Culturebox.fr

"Le Brio" : la formidable éloquence de Camélia Jordana et Daniel Auteuil
Kevin Spacey accusé de "comportement déplacé" par 20 personnes à Londres
Apprendre l'anglais grâce aux films en VO au festival This is England
"M", premier film de Sara Forestier : les bégaiements d'un amour éperdu

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages