"Même pas le temps de faire la lessive": l'Assemblée se penche sur le rythme de députés épuisés

Confronté à l'épuisement des parlementaires, le Palais-Bourbon veut alléger l'emploi du temps dans l'hémicycle. "J'ai travaillé 297 heures en octobre", a compté une député socialiste. "On n'accepterait jamais ça dans une entreprise", juge de son côté une parlementaire Renaissance.

Séances de nuit, des milliers d'amendements à examiner, des députés qui n'arrivent plus à rentrer en circonscription... À l'Assemblée nationale, les derniers mois ont été très éprouvants, empêchant certains députés de "faire correctement leur boulot", raconte un élu Renaissance. Yaël Braun-Pivet se penche ce mardi sur ce sujet avec les présidents de groupe.

"On m'avait vendu d'être à Paris du mardi au vendredi et le reste de la semaine dans ma circonscription pour être à l'écoute du terrain. Et en fait, c'est du non-stop permanent avec parfois du 9h-minuit dans l'hémicyle", s'étonne le député RN Thomas Ménagé, élu en juin dernier, auprès de BFMTV.com.

"Deux fois 35 heures par semaine les bons mois"

Christine Pirès-Beaune, élue socialiste depuis 2012 a même sorti la calculette. "En octobre, j'ai travaillé 297 heures", avance cette membre de la Commission des finances.

Et de faire le décompte précis: 13 séances de nuit, dont 2 qui se poursuivent au-delà de minuit, 198 heures de travail dans l'hémicycle et 32 heures dans le train.

"En réalité, je fais presque deux fois 35 heures dans la semaine, les bons mois", remarque encore la parlementaire.

"On ne verrait jamais ça dans une entreprise"

Si les routiers du Parlement assurent ne voir dans ce rythme très lourd "rien de nouveau" d'après un élu LR qui siège depuis plusieurs décennies, c'est surtout pour les macronistes que la situation est la plus compliquée.

Confronté à l'absence de majorité absolue, chaque voix compte pour le gouvernement, contraignant les députés à être très présents. Pour battre le rappel, les piliers du groupe ont un outil: une conversation commune via l'application Telegram qui permet de rameuter les troupes. Au grand dam de certains, qui dénoncent "presque du harcèlement".

"C'est vrai qu'avant, on pouvait se permettre d'avoir seulement la moitié de notre groupe qui siégeait. Bon, ça, c'est bien fini", reconnaît Anne Genetet, la vice-présidente du groupe Renaissance.

10 groupes parlementaires qui changent la donne

Tout en refusant de "se plaindre", elle juge "qu'on ne verra jamais ça dans une entreprise".

Mais la fin de la majorité absolue pour l'exécutif n'est pas la seule raison qui explique la fatigue. Avec désormais dix groupes parlementaires, les séances durent également plus longtemps que lors de la précédente mandature.

Difficile désormais pour les discussions générales - qui introduisent l'étude des textes - ou les explications de vote de durer moins d'une heure à raison de 5 minutes par groupe, des délais incompressibles.

Enfin, avec des oppositions beaucoup plus nombreuses depuis les dernières législatives, le nombre d'amendements déposés et donc examinés en séance a explosé.

"On dit non à des amendements qu'on retrouve en séance pour dire encore non. On perd un temps fou avec ce genre de redondance", regrette le député Horizons Frédéric Valletoux.

"Tout dérape très vite"

Conséquence de cet épuisement: des séances qui virent à la foire d'empoigne, comme jeudi dernier lors de la proposition de loi des insoumis pour réintégrer les soignants non-vaccinés. Un élu LIOT a ainsi demandé à un député Renaissance de "la fermer".

"Il faut être conscient que tout dérape très vite quand vous siégez depuis 9h et qu'il est 23h30. Et on peut aussi se demander comment bien faire la loi dans de telles conditions", reconnaît encore l'élu proche d'Édouard Philippe.

Dernier gros inconvénient de la situation: le poids qu'elle fait peser sur la vie de famille des députés. "Moi, je fais l'aller-retour le soir pour embrasser mes fils. Mais je suis en Île-de-France. Si je vivais ailleurs, je ne les aurais pas vu pendant presque deux semaines. Sans parler de ma femme", se lamente un élu Renaissance.

Une semaine à Paris, une semaine en circonscription

Avec une Assemblée nationale parmi les plus jeunes de la Ve République, le nombre de parlementaires ayant des enfants a fortement augmenté ces dernières années. Dans le camp de la présidente de l'Assemblée nationale, sensible au sujet alors qu'elle est mère de 5 enfants, on reconnaît "la nécessité de mettre le temps de travail des députés sur la table".

Parmi les pistes de réflexion, on trouve d'abord celle qui a la préférence de la majorité: sanctuariser une semaine à l'Assemblée nationale et une semaine en circonscription. Problème: cette option retarderait beaucoup le calendrier parlementaire.

Autre possibilité: pouvoir travailler les textes et les voter du mardi au jeudi en réservant les autres jours à la circonscription. Cette configuration a les faveurs de plusieurs élus interrogés par BFMTV.com, dont Thomas Ménagé.

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Des séances de questions au gouvernement peut-être plus courtes

"D'abord, ça nous permet d'être sur le terrain. C'est important de faire des cérémonies et des marchés le week-end, mais on ne rencontre pas de chefs d'entreprise le dimanche. Et ça nous offre aussi du temps pour nous. Je n'ai même plus le temps de faire ma lessive, les courses et les papiers", avance le député du Loiret.

Le retour d'une heure de questions au gouvernement deux jours par semaine au lieu d'une séance de 2h15 le mardi pourrait également être mis sur la table.

Article original publié sur BFMTV.com

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