Même équipe, même programme... même résultat? Pour Mélenchon, le pari risqué de la continuité

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Jean-Luc Mélenchon présente son programme le 8 novembre 2021 - Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Jean-Luc Mélenchon présente son programme le 8 novembre 2021 - Christophe ARCHAMBAULT / AFP

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Comme un air de déjà-vu? Salaire minimum à 1400 euros, salaire maximum, Assemblée constituante pour établir une 6ème République, retraite à 60 ans... Le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2022, dévoilé jeudi dernier, est une version légèrement remaniée de celui de 2017. L'Avenir en commun, le nom de sa plateforme programmatique, n'a été amendé que d'une trentaine de pages depuis la dernière présidentielle et sera porté par les mêmes visages.

Dans les rangs de La France insoumise, on assume les parallèles entre les deux campagnes, à cinq ans d'écart.

"On ne va quand même pas s'excuser d'avoir de bonnes propositions qui traversent tout un quinquennat et qui sont plus que jamais d'actualité, avec des personnes qui les connaissent bien", estime ainsi le député insoumis Ugo Bernalicis, interrogé par BFMTV.com.

"Ce type d'accusation, c'est ce qui m'énerve le plus. Nouveau ne veut pas forcément dire bien", lâche même Manuel Bompard. Le parlementaire a beau jeu de défendre son candidat: directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017, il joue les prolongations en étant à nouveau le numéro 1 du dispositif.

Même directrice de la communication, Sophia Chikirou, même responsable des événements et de la campagne numérique, le député Bastien Lachaud, même chargé de coordination avec les autres mouvements de gauche, le parlementaire Eric Coquerel... "C’est une équipe qui se connaît bien, qui a acquis des réflexes", assume Jean-Luc Mélenchon auprès de France Info.

Ses rivaux de gauche inspirés par le programme?

En guise de validation de cette stratégie, les élus insoumis ne manquent pas de souligner que, selon eux, les autres candidats de gauche piochent allègrement dans L'Avenir en commun.

"Le droit de vote dès 16 ans d'Anne Hidalgo, ça fait partie de nos propositions depuis des années", se félicite ainsi le porte-parole jeunesse de la France insoumise David Guiraud auprès de BFMTV.com. "Le discours de Yannick Jadot évolue vers des positions beaucoup plus proches des nôtres", faisait également remarquer Jean-Luc Mélenchon en octobre dernier, en évoquant les propositions de l'écologiste sur la réindustrialisation.

"D'une certaine façon, on va adopter la même stratégie qu'en 2017, en allant chercher à la fois du côté des électeurs socialistes et écologistes et attirer des électeurs qui ne votent plus", avance un élu LFI.

"Notre programme avait parlé à tous ces gens-là et ça nous avait permis de faire un très bon score. On n'a vraiment aucune raison de changer quoi que ce soit", poursuit-il.

"On a beaucoup bûché ces 5 dernières années"

À confirmer dans les urnes. "En 2017, la plupart des électeurs découvraient ou redécouvraient Jean-Luc Mélenchon", note Jérôme Sainte-Marie, sondeur et politologue. "Sa campagne en 2012 avait été moins remarquée et d'une certaine façon, il apparaissait comme un homme nouveau. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui. Ça fait maintenant 5 ans qu'il est surexposé médiatiquement."

Depuis, son image a été en partie écornée, avec notamment les vidéos de la perquisition au siège de la France insoumise restées dans les mémoires. Le candidat Mélenchon est la deuxième personnalité politique à susciter le plus de rejet auprès des Français, derrière Eric Zemmour et devant Marine Le Pen, d'après le dernier baromètre politique d'Odoxa, publié ce mardi.

Face à ces chiffres, le parti s'efforce de mettre en avant sa crédibilité. "On a beaucoup bûché ces 5 dernières années à l'Assemblée nationale", assure Ugo Bernalicis - LFI n'avait aucun groupe parlementaire avant les législatives de 2017.

"Ça nous a permis d'affiner certains thèmes et de voir sur lesquels on avait particulièrement envie d'insister, notamment en déposant nos propositions de lois", affirme le député. "Regardez, la nationalisation des autoroutes, on en parlait déjà en 2017 mais sans vraiment insister. Là, ça a été l'une des toutes premières choses qu'on a égrené au mois de septembre."

Ce travail législatif a notamment fortement contribué aux trentaines de pages ajoutées dans L'Avenir en commun, étoffé sur les sujets de l'égalité hommes-femmes et de la planification écologique.

Un programme "musclé" sur l'Union européenne

Seule vraie modification d'ampleur: la thématique européenne. Il ne s'agit plus de menacer Bruxelles de faire sortir la France de l'UE en cas de refus des États membres de réviser les traités, jugés trop contraignants, pour les investissements publics notamment. Les Insoumis proposent désormais un "opt-out", c'est-à-dire la désobéissance aux traités sur des points stratégiques.

Pas question d'y voir un changement majeur, jure Manuel Bompard, auprès de BFMTV.com. "On a toujours dit plan A, plan B: ça ne change pas", assure le directeur de campagne. Avant de nuancer.

"C'est vrai que c'est sûrement plus précis mais on ne change pas notre vision des choses. On a toujours dit qu'on irait au rapport de force. Ça fonctionne. Regardez, (l'ancienne Première ministre britannique) Margaret Thatcher a eu ses rabais comme ça!"

"On était léger sur l'Union européenne donc on s'est un peu musclé", reconnaît cependant David Guiraud. "Le Brexit est passé par là... On n'a vraiment pas envie qu'on nous ramène à lui pendant toute la campagne donc on propose des choses peut-être plus réalistes", analyse un collaborateur du groupe à l'Assemblée.

Un "sacré risque"

L'heure est donc à éviter la prise de risque... Au risque de susciter l'ennui? "Les politiques ont été traumatisés par la séquence Montebourg", analyse Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS.

"Il a essayé de marquer les esprits avec sa proposition de bloquer les virements Western Union (vers les pays qui refusent d'accueillir leurs ressortissants visés par une mesure d'expulsion en France)", rappelle la spécialiste de communication politique. "Mais ça s'est retourné contre lui avec des départs en cascade dans sa campagne. Mélenchon essaie d'éviter les propositions trop clivantes."

"C'est vrai que Jean-Luc Mélenchon prend un sacré risque à faire un copier-coller de 2017", regrette un ancien de la France insoumise auprès de BFMTV.com À cette époque, ça avait marché parce qu'on n'était jamais là où on nous attendait, avec l'hologramme, le jeu vidéo Fiscal Kombat. Je ne vois pas bien comment on fait l'actualité si on reste toujours dans notre couloir."

Pour l'heure, Jean-Luc Mélenchon plafonne dans les enquêtes d'opinion. Il est aujourd'hui crédité, en moyenne, d'un peu moins de 9% des intentions de vote, selon L'Élyséemètre de BFMTV, notre baromètre des sondages sur l'élection présidentielle. Loin derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen ou encore Eric Zemmour. Et donc insuffisant en l'état pour se qualifier au second tour. Le leader insoumis va tenter d'inverser la tendance, avec un premier grand meeting de campagne le 5 décembre prochain à La Défense (Hauts-de-Seine).

Article original publié sur BFMTV.com

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