Les métamorphoses d’une nuit d’été

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Dans le magnifique spectacle de Guillaume Vincent, Ovide et Shakespeare s’allient pour brouiller tout repère entre rêve, fiction et réalité.

Un rideau à paillettes violet, une chanson, une scène qui s’avance, et quatre enfants qui jouent Narcisse, dans les Métamorphoses d’Ovide. Sur l’instant, on est sidéré de voir le grand plateau des Ateliers Berthier à Paris occupé par la maladresse. Des enfants y jouent comme de vrais enfants. Est-ce qu’on aime le réalisme que produit leur jeu amateur ? Est-ce qu’on aime la vulnérabilité affichée, la toile peinte et coloriée façon spectacle de fin d’année, le rocher qui se fait cachette maison, où le visage apparaît d’un minuscule trou ?

Insecte. On a à peine le temps de réagir à l’étonnement que, comme au cinéma lors d’un travelling arrière, le hors-champ apparaît, des gens surgissent de tous les bords, une gaîté de cours d’école à la veille des grandes vacances envahit l’espace, et un pédagogue bienveillant dit à une mère inquiète, à propos de sa fille sur scène : «C’est la première fois que je la vois heureuse.» Monstruosité des adultes gentils.

Le metteur en scène Guillaume Vincent a du génie pour faire entendre les apartés qui créent la sensation de foule. Comme celui de ce même professeur, à l’attention du petit monde des parents : «J’avoue, j’ai dû censurer Ovide, car Narcisse séduit les filles comme les garçons.» Gérard Watkins est génial dans sa composition d’enseignant entravé par son corps, à la diction à la fois balbutiante et ferme, et aux gestes saccadés. Il se métamorphosera effectivement, comme le promet le titre du spectacle, mais lentement, en adoptant une démarche de plus en plus glissante et tortueuse, s’emmêlant les pieds - il n’en a pourtant que deux ! -, laissant deviner l’insecte qui rode en lui. Mais oui, mais c’est bien sûr : Gregor dans la fameuse nouvelle de Kafka !

Il serait cependant injuste de ne citer que Gérard Watkins : tous les acteurs de ce spectacle dense, ambitieux et néanmoins hyper (...)

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