Météo : malgré les fortes pluies du moment, les nappes phréatiques sont à sec

Les nappes phréatiques se trouvent à des niveaux « préoccupants » en janvier 2023 dans une grande partie de la France. (Illustration : station de Chamrousse, en Isère, en 2006, où la neige est absente)
JEAN-PIERRE CLATOT / AFP Les nappes phréatiques se trouvent à des niveaux « préoccupants » en janvier 2023 dans une grande partie de la France. (Illustration : station de Chamrousse, en Isère, en 2006, où la neige est absente)

ENVIRONNEMENT - Des rivières à sec, de l’eau qui ne coule plus des robinets, des cultures assoiffées : les images de la sécheresse estivale en 2022 ont marqué les Français. Cet hiver, les épisodes de pluies diluviennes tombées fin décembre et depuis le début de la semaine avec les tempêtes Gérard et Fien devraient nous rassurer sur les réserves en eau pour l’été. Et pourtant…

Malheureusement en effet, ces intempéries apparaissent bien insuffisantes pour faire remonter le niveau des nappes phréatiques, actuellement très déficitaires. « Le même scénario pour l’été 2023 qu’en 2022 est en train de se mettre en place », anticipe auprès du HuffPost David Labat, enseignant chercheur à l’Université Paul Sabatier à Toulouse.

Des restrictions d’eau en plein hiver

Rappelez-vous : la grande douceur de la fin d’année 2022 avait provoqué des trombes d’eau en France. Entre le 31 décembre et le 2 janvier, un mois de pluie s’était déversé sur la Bretagne par exemple. Et dans les Alpes, les pluies ininterrompues avaient fait fondre le peu de neige qui restait sur les pistes. Le début de l’année 2023 n’est pas en reste puisqu’il est tombé le 10 janvier, en seulement 24 heures, l’équivalent de trois semaines à un mois de pluie sur le massif des Pyrénées.

Et pourtant, les nappes phréatiques se trouvent donc à des niveaux « préoccupants » dans la majeure partie des régions françaises, comme en a alerté, dans son dernier bulletin mensuel publié 13 janvier, le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM).

« Les niveaux des nappes au mois de décembre sont peu satisfaisants. En effet, les pluies infiltrées durant l’automne sont très insuffisantes pour compenser les déficits accumulés durant l’année 2022 et améliorer durablement l’état des nappes », poursuit le BRGM, considéré comme la « météo des nappes ». Une agence publique qui se dit par ailleurs « assez pessimiste » sur la disponibilité de l’eau en 2023.

Ni Gérard, ni Fien ne permettront de recharger les nappes

Au 16 janvier, quatre départements sont toujours placés en vigilance sécheresse (l’Ille-et-Vilaine, le Jura, la Lozère et la Savoie) et huit sont en alerte ou en alerte renforcée, des statuts qui s’accompagnent de restrictions d’eau (l’Oise, les Deux-Sèvres, l’Ain, l’Isère, le Lot, le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne et les Pyrénées-Orientales), selon le site gouvernemental Propluvia.

Mais les tempêtes Gérard, puis Fien, survenues en France ces derniers jours avec leur lot de pluies, ne peuvent-elles pas changer la donne ? Malheureusement non, répond David Labat. « Lorsque vous avez des tempêtes, il va y avoir une saturation des sols. C’est exactement comme une éponge : lorsqu’elle est saturée, elle ne peut plus absorber d’eau. »

« Il n’y a donc pas un écoulement vertical de l’eau qui permettrait de recharger les nappes », poursuit le chercheur de l’Université Paul Sabatier. « C’est le même principe avec les orages l’été : vous pouvez avoir 300 millimètres d’eau en quelques heures sans aucun effet sur le niveau des nappes », appuie encore le professeur en hydrologie.

En clair, lorsque surviennent de telles intempéries, au lieu de s’infiltrer, l’eau ruisselle et provoque des inondations. Mercredi 18 janvier, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, où de fortes précipitations étaient attendues, étaient d’ailleurs toujours placées en vigilance orange par Météo-France pour « pluie-inondation ».

Plus que deux mois pour inverser la tendance

En plus de ces intempéries aux effets contre-productifs, l’extrême douceur de la fin décembre-début janvier n’a pas permis de constituer un stock de neige suffisant. « Ce stock permet d’ordinaire le remplissage des barrages qui régulent les débits d’étiage (la baisse saisonnière des cours d’eau, ndlr) pendant l’été », précise le chercheur qui s’attend à des sols très secs et à des débits très bas pour juillet-août 2023.

Le même constat alarmant a été dressé par Pierre Pannet, directeur adjoint du BRGM lors d’un point presse organisé à la mi-janvier. Si la pluie continue à être aussi rare en 2023, « on arrivera à une situation bien pire que celle qu’on a connue en fin d’été 2022 » quand quasiment tous les départements métropolitains connaissaient des restrictions d’eau.

Si la situation de l’eau souterraine en France est aujourd’hui moins favorable qu’à la sortie de l’hiver 2021-2022, il reste encore deux mois pour inverser la tendance. Pour cela, pas de recette miracle : il faut des pluies régulières. « En février et mars, nous aurions besoin qu’il pleuve de 20 à 30 millimètres tous les quinze jours », soutient encore David Labat. Après avril, il sera déjà trop tard, car le printemps pointant le bout de son nez, les pluies seront absorbées par la végétation bourgeonnante et ne laisseront aucune goutte pour les nappes.

Plan d’action « eau » élaboré par le gouvernement

Concernant les cultures, la situation hydrique est d’ailleurs très préoccupante dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales où « l’indice d’humidité des sols est proche de 0. Oui, zéro, en janvier », comme le constate l’agro-climatologue Serge Zaka, dans un message publié sur son compte Twitter. Les pluies survenues depuis les 15 et 16 janvier ne sont « pas suffisantes pour combler le déficit mais cela permettra de soulager la faune et la flore sur les premiers centimètres du sol », relativise, un peu, le chercheur.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Face à une année 2022 qui a été la plus chaude jamais enregistrée en France avec un déficit de pluviométrie frôlant les 25 %, le gouvernement élabore actuellement un plan d’action « eau » pour 2023. Il vise à « réduire les consommations d’eau et optimiser les prélèvements, mieux réutiliser les eaux usées et accélérer la réduction des fuites sur les réseaux d’eau ». Le détail des mesures sera annoncé le 26 janvier à Rennes lors d’un Carrefour des gestions locales de l’eau.

« Le gouvernement n’a plus le choix : on doit entrer dans une ère de la sobriété de l’eau », abonde encore David Labat. L’hydrologue rappelle qu’avec le changement climatique, les sécheresses records ne vont cesser de se multiplier. « Une année comme 2022, très déficitaire, avait une chance sur 20 de se produire dans les années 80, aujourd’hui cette probabilité passe à une sur cinq. »

À voir également sur Le HuffPost :

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Lire aussi