Comment Mélenchon s'attire les foudres en présidentialisant les législatives

Hégémonique, la nouvelle affiche de campagne de L'Union populaire pour les législatives? À gauche, les attaques vont bon train, mais contre toute attente, PS et LFI pourraient être sur le point de trouver un accord.

Une affiche, un slogan et des législatives accusées de promouvoir un seul homme. Dévoilé mardi soir, le tract de L'Union populaire pour le "troisième tour" de la présidentielle met surtout en avant Jean-Luc Mélenchon. Tant et si bien que le fin bandeau "votons pour les candidats" en bas de l'image pourrait passer inaperçu.

“On veut faire une campagne nationale, marteler un message unique”, précise à nos confrères de RMC un proche du leader Insoumis. 200.000 affiches seront placardées dans les prochains jours afin “d’inonder le pays”, annonce cette même source. Une réimpression a été lancée en plus, a fait savoir L'Union populaire mercredi 27 avril

Le message, écrit en gros, "Mélenchon Premier ministre", ne laisse pas de doute sur les ambitions gouvernementales de l'homme fort de la gauche. Et la méthode commence à faire grincer des dents.

Monarchisme contradictoire

Celui dont le projet veut abolir la "monarchie présidentielle pour installer la VIe République" pourrait en effet bien voir son adage se retourner contre lui.

Monarchique, hégémonique cette affiche? L'homme aux 21,95% des voix lors du premier tour est accusé par certains politiques et observateurs de présidentialiser les futures élections, de les instrumentaliser sans respecter l'esprit de la Ve.

Car contrairement au message rabâché par le leader Insoumis, la Constitution de la Ve République ne permet pas au peuple d'élire son Premier ministre. C'est au président de la République de le choisir. Pour le porte-parole de LaRem à l'Assemblée nationale, Pieyre-Alexandre Anglade, le message de Mélenchon est clair: lui, rien que lui.

"Il ne s'agit pas d'élire des hologrammes"

Chez les écologistes, certains s'inquiètent de cette personnification du futur scrutin. "Jean-Luc Mélenchon veut-il être Premier ministre? Nous disons chiche! Gagnons ensemble. Mais l'alliance ne peut pas se faire avec une volonté hégémonique: il ne s'agit pas d'élire des hologrammes dans l'ensemble des circonscriptions", a lancé Julien Bayou mercredi dans un entretien à Libération, plaidant pour une "représentation de chacun" qui soit "juste", et non un "bric-à-brac injuste et mal conçu".

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Au même moment sur France Info, le socialiste François Hollande en a rajouté une couche. "Discuter, c’est nécessaire. Disparaître, c’est impossible", a déclaré l'ancien chef de l'État, remonté à la suite des négociations entre son parti et L'Union populaire.

"Ni annexion, ni dilution"

De son côté, LFI nie toute velléité hégémonique et lie les "difficultés" rencontrées dans les discussions avec EELV à des "divisions et divergences au sein même de cette organisation".

Face aux craintes socialistes, les négociateurs insoumis se veulent rassurants. "Nous ne souhaitons ni annexion, ni dilution, ni absorption" des autres forces politiques, a affirmé le mouvement dans un communiqué mardi, après une réunion de l'intergroupe parlementaire.

À la tête du mouvement, on rejette les accusations en bloc. "Il faut donner un signal clair et dire des choses que tout le monde comprend, comme 'Je vous demande de m'élire Premier ministre'", a ainsi réexpliqué confiant, Jean-Luc Mélenchon, à l'émission Quotidien au lendemain du second tour.

Là-dessus, le leader à gauche peut s'appuyer sur le droit. Légalement, son affiche électorale et la personnalisation des législatives qu'elle induit est tout à fait acceptable. Elle est même monnaie courante ailleurs en Europe, comme l'a fait remarquer le journaliste Vincent Glad sur Twitter en début de semaine.

À gauche, les sensibilités sur la forme sauront-elle s'effacer au profit du rassemblement sur le fond? Ce mercredi, des tractations historiques entre insoumis et socialistes ont démarré tôt. Selon les deux les protagonistes, les échanges ont été constructifs et n'ont mis en exergue aucun point de blocage "insurmontable".

Et surprise pour L'Union populaire, "ils sont ok sur la VIe République, ok sur les retraites, ok sur le blocage des prix", a confié un élu insoumis au journaliste Nils Wilcke. "On attend maintenant de la part du PS une déclaration publique qui permet d'acter ces points de convergence, on verra si dans ces prochains jours elle a lieu et dans ce cas on pourra continuer à discuter", a prévenu Manuel Bompard.

Article original publié sur BFMTV.com

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