Mélenchon lance la NUPES et tente de rassurer avant les législatives

POLITIQUE - L’image est rare. Le socialiste Olivier Faure, l’écologiste Julien Bayou et l’insoumise Mathilde Panot sur une même estrade, dans une même convention. Les tweets, encore plus. Jean-Luc Mélenchon, en coulisses pendant que la nouvelle gauche unie, dite Nupes pour Nouvelle union populaire écologiste et sociale, se passe la parole et les compliments sur la scène des Docks d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) relaie sur son compte Twitter les interventions du communiste Fabien Roussel et d’Olivier Faure. Du jamais vu.

La gauche s’est réunie, on se pince pour y croire. “Je dois vous dire mon plaisir et ma joie d’être parmi vous”, a lancé le patron du PS très applaudi. “C’est un événement historique” a surenchéri Mathilde Panot qui a cité Verlaine: “Nous serons fiers parfois et toujours indulgents”.

“Fiers et indulgents”

L’indulgence, ils l’ont beaucoup oubliée ces derniers mois et ces dernières années, plutôt enclins à s’envoyer des vacheries à la figure. Ce samedi 7 mai, tout semble pardonné. “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”, a débuté Jean-Luc Mélenchon, en fin d’après-midi, citant Paul Eluard devant un parterre de candidats uniques venus des quatre formations de gauche.

Ce rendez-vous, il est “historique” prévient Mélenchon, en ancien prof qui a bossé ses dossiers. ”C’est la première fois qu’il y a un accord général de toutes les forces, dès le premier tour dans toutes les circonscriptions”, assure le féru d’histoire qui n’en a pas trouvé la trace auparavant, “ni par le cartel des gauches, ni par le Front populaire, ni par la Libération, ni par mai 68, ni par le programme commun. Nous l’avons fait!”, s’est-il réjoui.

Il a remercié les 1750 hommes et femmes qui ont dû se désister en raison du nouvel accord parisien. Et les négociateurs en chef qui y ont passé “treize jours et treize nuits”, un “record du monde” quand il les compare aux coalitions belges ou allemandes qui mettent des mois, parfois plus d’une année avant de s’accorder.

Qui vous a dit que j’ai envie d’être le chef? Ça ne se passe plus comme ça. Nous sommes au 21e siècle, c’est le collectif qui tranche, produit, apporte et complète."Jean-Luc Mélenchon, leader de la NUPES.

Dans une allocution de plus d’une heure, Jean-Luc Mélenchon a sorti la carte mitterrandienne, celle qu’il abat quand il reprend ses habits d’ancien ministre du premier Président socialiste. Cette fois, pour réunir la gauche et tenter de faire oublier ses coups de sang du passé.

“Qui vous a dit que j’ai envie d’être le chef? Ça ne se passe plus comme ça. Nous sommes au 21e siècle, c’est le collectif qui tranche, produit, apporte et complète”, a tenté de rassurer le leader insoumis. Alors que ses positions ambiguës sur la Russie d’avant guerre lui ont été reprochées par ses collègues socialistes pendant la campagne électorale, il a une dédié cet événement et sa “ferveur” au “peuple ukrainien” et a dénoncé “l’intolérable agression de monsieur Poutine” et ses “crimes de guerre”.

“Une page nouvelle”

Dans son nouveau costume gris arboré à la fin de la campagne du premier tour, l’Insoumis en chef a tenu à ouvrir “une page nouvelle”. “Il faudra créer, travailler, porter cette identité, être radicaux, oui bien sûr, mais une radicalité concrète et tenable”, a insisté le nouveau Mélenchon, désormais chantre de l’union des gauches, lui qui a un temps refusé d’utiliser le mot qu’il jugeait usé et fatigué.

“On s’est bien fait à La Rem (La république en Marche, NDLR), alors la Nupes pourquoi pas?”, s’est-il amusé en prononçant “nupe” le nom de sa nouvelle bannière. “Nous voulons en finir avec ce système, car il est dangereux”, a-t-il insisté en rappelant son engagement pour la planète et pour les bas salaires. Au-delà du Smic porté à 1400 euros “en juillet”, selon le communiste Fabien Roussel un peu avant, ce sont aussi “des conférences sociales” qui seront convoquées pour augmenter ceux qui ne sont pas au Smic, revaloriser les salaires en fonction de l’inflation et “appliquer la loi”.

Paul Eluard et collectif

“Mais nous ne serons pas dangereux nous-mêmes”, a-t-il prévenu avant de décrire la politique “pensée et maîtrisée dans laquelle le peuple tout entier peut s’inscrire” qu’il entend conduire s’il parvenait à entrer à Matignon.

Devant un parterre d’applaudissements, Mélenchon a joué jusqu’au bout la carte du collectif. Disant compter sur “l’intelligence collective”, il promet: “Nous faisons appel à l’intelligence de notre peuple, car nous ne ferons pas tout depuis le sommet”.

“Ce monde est fou. C’st pour ça qu’il est temps d’en interrompre le déroulement. Assurer la rupture, voilà ce que nous incarnons” a-t-il fini par conclure. Faisant écho aux vers de Paul Eluard “qui était communiste”, cités un peu plus haut et dont il a fait un slogan: ”Un autre monde est possible”.

À voir également sur Le HuffPost: Que signifie ce V de la victoire que la Nupes a choisi en logo ?

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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