Aux Mées, un "miracle" sous des milliers de tonnes de roches

Julie Pacorel
Un des rochers "Pénitents" aux Mées (Alpes-de-Haute-Provence), le 2 décembre 2019

Les Mées (France) (AFP) - "C’est comme un tremblement de terre": incrédules, les pompiers s’affairaient lundi soir au milieu des énormes blocs de roche qui se sont effondrés sur des maisons des Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence, sans faire "a priori" aucune victime --un "miracle".

Au pied des "Pénitents", ces immenses rochers qui se dressent autour du village des Mées, un spectacle de desolation s’offrait lundi soir, à la lumière des hélicoptères.

Une maison entièrement détruite sous un bloc de plusieurs milliers de tonnes, une autre a l’entrée barrée par les pierres, et des chiens à la recherche d'éventuels disparus.

En cause selon la préfecture des Alpes-Maritimes, un département qui avait été placé dimanche en alerte orange pluie-inondations par Météo-France: "les conditions météorologiques très défavorables de ces derniers jours" qui ont rendu une partie du terrain instable.

Dans le Sud-Est, ce nouvel épisode de pluies intenses et d'inondations a fait 6 morts, comme des intempéries similaires la semaine précédente.

Mais aux Mées, "il n'y a aucune victime, a priori", se félicite lundi soir le colonel Frédéric Pignaud, commandant des pompiers des Alpes-de-Haute-Provence. "On a mis en œuvre 8 maîtres-chiens pour une levée de doute", explique-t-il à l’AFP, encore stupéfait de pouvoir saluer un "miracle".

Vers 16H15, quand l’éboulement a eu lieu, les occupants de la maison détruite étaient au travail. Leurs voisins qui étaient présents, une vingtaine de personnes, ont été évacués par les pompiers.

- "Et si d'autres rochers tombaient?" -

"Au total, on a sécurisé une soixantaine de maisons", explique le colonel. "Personne ne rentrera chez lui avant le passage des experts demain (mardi, NDLR), car on craint d’autres effondrements", souligne-t-il toutefois.

Parmi ces habitants, Simone, 78 ans, boit un café bien chaud dans la salle polyvalente de la petite commune où sont accueillis les sinistrés. Avec son mari, ils s’apprêtent à dormir chez des amis. "Mais on n’a rien emmené, même pas nos médicaments", s'inquiète la septuagnaire.

Quand elle a retrouvé son mari quelques heures plus tôt, Simone ne "pouvait plus s’arrêter de trembler". Vers 16H00, alors qu'elle sortait de chez elle, la retraitée a "vu le rocher tomber". "J’ai vu le "Pénitent" se décrocher de la paroi et s’incliner jusqu’à tomber, puis il y a eu un éboulement avec des tas de roches, et un énorme nuage gris de poussière".

Simone a couru jusqu’à la place. Calmée, elle s’inquiète maintenant pour sa "belle maison avec piscine": "Et si d’autres rochers tombaient?".

Vers 21H00, une cinquantaine de lits de camps étaient installés dans la salle polyvalente des Mées. "Mais la plupart des personnes évacuées ont trouvé à se loger", explique Camille Goeury, référent de l’aide aux victimes. "Les gens ont surtout été surpris, choqués que ces rochers qui ont toujours été là leur soient tombés dessus".

Une étrange ambiance flotte lundi soir dans le village décoré aux couleurs de Noël, mais bouclé par les gendarmes qui obligent les automobilistes à se garer à un kilomètre de l’entrée, et des pompiers qui craignent un risque d'incendie en raison d'une fuite de gaz.

Silhamé, 40 ans, a vu son compteur d’électricité tomber puis entendu "un gros bruit comme un avion qui s’écrase". Elle se demandait si elle allait pouvoir récupérer des choses chez elle: "Bientôt, c’est Noël, qu’est-ce qu’on va faire sans maison?".