Méditerranée orientale : la Turquie entend "régler les problèmes" avec la Grèce

·4 min de lecture

La Turquie et la Grèce ont repris, lundi, des discussions pour régler leur dispute concernant l'exploration d'hydrocarbures en Méditerranée orientale, après une grave crise illustrant l'abysse qui sépare ces deux pays membres de l'Otan.

La Turquie et la Grèce ont repris, lundi 25 janvier, leurs discussions pour tenter de régler leurs différends territoriaux en Méditerranée, théâtre de vives tensions entre les deux voisins en 2020.

Des responsables grecs et turcs se sont réunis à Istanbul pour des "contacts exploratoires" en lien avec les différends qui opposent Ankara à Athènes, réactivant un mécanisme d'échanges qui avait été suspendu en 2016 sur fond d'aggravation des tensions.

"Régler tous les problèmes, y compris ceux en mer Égée, est possible et notre volonté pour y parvenir est entière. La paix et la stabilité régionales sont dans l'intérêt de tous", a déclaré sur Twitter le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan, Ibrahim Kalin, à l'issue des discussions.

Signe toutefois de la méfiance qui règne entre la Turquie et la Grèce après plusieurs années de crispations, Athènes a signé lundi un contrat pour l'achat de 18 avions de combat Rafale à la France, une décision prise notamment en réaction à la multiplication des démonstrations de force turques en Méditerranée orientale.

Faisant fi des mises en garde de l'Europe, Ankara a en effet organisé ces derniers mois plusieurs missions d'exploration gazière dans des eaux grecques, provoquant une crise diplomatique d'une ampleur inédite depuis 1996, année où les deux pays ont frôlé la guerre. Mais après l'annonce de sanctions européennes contre Ankara le mois dernier, Recep Tayyip Erdogan a multiplié les gestes d'apaisement et appelé la Grèce à discuter.

Des sources diplomatiques turques ont déclaré à l'AFP que les contacts exploratoires se poursuivraient à Athènes, sans toutefois donner de date.

Aucune avancée majeure

Si la Grèce avait fait part, ces derniers jours, de son "optimisme" et de son "espoir" et la Turquie salué l'"atmosphère positive", aucune avancée majeure n'était attendue lors de ces pourparlers. En effet, signe de l'abysse qui les sépare, les deux pays n'avaient même pas réussi à se mettre d'accord sur la liste des sujets à aborder lundi.

Athènes souhaitait uniquement discuter de la délimitation du plateau continental de ses îles en mer Égée. Mais Ankara voulait élargir les pourparlers à la définition des zones exclusives économiques et de l'espace aérien des deux États.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, a dénoncé, vendredi, les "provocations" de la Grèce qui a évoqué le doublement de l'étendue de ses eaux territoriales en mer Égée, un sujet explosif que la Turquie qualifie de "casus belli".

En dépit des désaccords, l'UE a favorablement accueilli la reprise du dialogue entre les deux pays, y voyant un "signal positif" pour les relations entre Ankara et Bruxelles après des mois de tensions. En décembre, les dirigeants de l'UE, réunis en sommet, avaient décidé de punir la Turquie pour ses actions "illégales et agressives" en Méditerranée contre la Grèce et Chypre.

Le sommet de l'UE a pris des sanctions individuelles censées viser des responsables impliqués dans les activités d'exploration menées par la Turquie en Méditerranée orientale.

L'exploration gazière au cœur des tensions

L'exploration gazière de la Turquie dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre empoisonne ses relations avec ses voisins méditerranéens depuis des mois.

La crise entre Athènes et Ankara s'est intensifiée avec l'envoi en août, par la Turquie, du navire de recherches sismiques Oruç Reis dans des zones disputées, notamment près de l'île grecque de Kastellorizo proche du rivage turc.

La Grèce a accusé Ankara de violations de ses frontières maritimes, mais la Turquie estime que la présence de cet îlot ne saurait justifier son exclusion d'un large pan de la Méditerranée orientale riche en gisements gaziers.

Toutefois, dans un apparent geste d'apaisement, Ankara a annoncé, fin novembre, le retour au port de l'Oruç Reis. Pour nombre d'analystes, la Turquie s'efforce de calmer les tensions avec l'Europe en raison de ses difficultés économiques, aggravées par la pandémie liée au nouveau coronavirus et à cause de l'élection aux États-Unis du président Joe Biden.

Ankara s'attend, en effet, à un durcissement de Washington à son égard, alors que Recep Tayyip Erdogan avait développé avec Donald Trump une bonne relation personnelle.

Avec AFP et Reuters