Non, les médecins urgentistes ne devront pas prendre rendez-vous sur Doctolib pour emmener un malade à l'hôpital

Dans une vidéo visionnée plusieurs milliers de fois, le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan affirme que les urgentistes devront bientôt passer par Doctolib avant de pouvoir emmener un malade aux urgences. C'est faux. L'idée développée par le gouvernement est de permettre aux médecins urgentistes de prendre un rendez-vous chez un généraliste pour les patients dont l'état ne nécessite pas d'être pris en charge par les urgences comme le confirment à l'AFP des urgentistes et le ministère de la Santé et des Solidarités.

"Le ministre de la Santé propose que les urgentistes, les Samu, passent par Doctolib pour savoir s'ils peuvent emmener un malade aux urgences", affirme Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne, dans une vidéo postée sur Twitter et Facebook le 8 juillet et relayée des milliers de fois.

"Cela veut dire, très concrètement, que les urgences ne sont plus les urgences. Cela veut dire que dorénavant, le Samu devra attendre sur un parking de savoir si sur Doctolib, site privé, il y a une place pour l'hôpital public", poursuit-il.

Capture d'écran de la vidéo postée par Nicolas Dupont-Aignan, le 12 juillet.

Cependant, cette affirmation est fausse comme le confirment à l'AFP le ministère de la Santé et des Solidarités et des urgentistes.

"Contrairement à ce qu'affirme Nicolas Dupont-Aignan, il n'a jamais été prévu de "prise de rendez-vous pour les patients emmenés aux urgences par le Samu". Les patients nécessitant un transport vers les urgences seront toujours emmenés dans un service d'urgence selon les procédures usuelles", déclare le ministère de la Santé.

"Son affirmation est donc totalement fausse."

Contacté par l'AFP, Mathias Wargon, chef du service des urgences et du Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) au centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis, dément également. "C'est complètement faux. Il n'est pas du tout question de prendre rendez-vous sur Doctolib pour venir aux urgences."

Sur Twitter, d'autres urgentistes ont également réagi à la vidéo de Nicolas Dupont-Aignan.

Le député Les Républicains et chef d'un service d'urgence de l'Assistance Publique à Paris (HEGP), Philippe Juvin, a ainsi commenté : "Evidemment faux. Le Samu ne cherchera pas ses places sur Doctolib."

 

 

Contacté par l'AFP, Nicolas Dupont-Aignan affirme qu'il s'appuie sur des propos tenus par Christophe Prudhomme, porte parole de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), sur CNews, la même journée.

"La nouvelle invention de M. Braun, c'est que, nous médecins du Samu, il va falloir que l'on ait un compte Doctolib pour pouvoir répondre aux patients en leur donnant une éventuelle plage disponible sur Doctolib. Mais c'est se foutre de la gueule du monde", dénonce-t-il.

Christophe Prudhomme, interrogé par Le Parisien, assure que ses propos ne concernaient pas les urgences, mais les prises de rendez-vous chez un généraliste chez Doctolib, tout en maintenant son « indignation ». « On demande aux gens d’appeler le Samu centre 15 pour leur prendre des rendez-vous Doctolib. Mais nous ne sommes pas dimensionnés pour gérer les appels », dénonce-t-il auprès du quotidien, refusant d’ « envoyer les patients vers des médecins de ville de moins en moins nombreux et inégalement répartis sur le territoire ».

Une recommandation de la "Mission Flash"

En réalité, le dispositif qu'il évoque s'inscrit dans le cadre de la mise en place d'un "service d'accès aux soins" (SAS), l'une des recommandations de la "Mission Flash" dirigée par François Braun, avant sa nomination au poste de ministre de la Santé.

"Les Services d'Accès aux Soins peuvent orienter les patients vers des prises en charge en médecine de ville lorsque leur état de santé ne justifie pas un recours aux urgences au vu de l'appréciation du médecin régulateur", explique le ministère de la Santé à l'AFP.

"Cela implique, pour le SAS, de bénéficier d'une visibilité sur les médecins pouvant accueillir ces patients en dehors de leur patientèle habituelle."

À  l'AFP, Mathias Wargon poursuit : "Il s'agit juste de réorienter des patients. On ne peut pas dire aux gens de ne pas aller aux urgences sans rien leur proposer derrière."

Quand à l'utilisation de Doctolib, "un site privé", précise Nicolas Dupont-Aignan dans sa vidéo, le ministère de la Santé affirme que le choix n'est pas arrêté.

"L'identification des plages de RDV disponibles peut se faire par tout moyen, notamment par une plate-forme numérique développée par l'État, interfacée avec plusieurs sites de prise de rendez-vous."

Contacté par l'AFP, Nicolas Dupont-Aignan répond que, "ce que j'ai voulu dire, c'est qu'en instituant un tri de patients et en demandant aux urgentistes de prendre rendez-vous chez un généraliste pour les personnes dont vous considérez que l'état n'est pas urgent, c'est mettre des vies en danger".

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