Lyon : hommage à Mohammad Moradi, l'iranien qui s'est suicidé pour dénoncer la répression en Iran

Des dizaines de personnes se sont réunies à Lyon ce mardi pour rendre hommage à Mohammad Moradi. Cet Iranien de 38 ans s'est suicidé lundi, en se jetant dans le Rhône, pour sensibiliser les Occidentaux sur la situation critique de son pays.

Après avoir déposé des roses et des bougies, les participants ont scandé "femme, vie, liberté", le slogan rendu célèbre par la vague de manifestations qui secoue l'Iran depuis septembre.

L'homme avait publié une vidéo, sur plusieurs réseaux sociaux, avant de commettre son geste.

"Quand vous verrez cette vidéo, je serais déjà mort dans ce fleuve. Il ne s'agit pas d'un suicide pour des problèmes personnels, mais mon objectif est d'attirer l'attention des Européens, et pays occidentaux sur la question iranienne. Vive la liberté ! Femme, vie, et liberté !", a dit Mohammad Moradi dans sa dernière vidéo.

Selon plusieurs membres de la communauté iranienne, Mohammad Moradi était étudiant en licence d'histoire et travaillait dans un restaurant. Il vivait à Lyon avec sa femme depuis trois ans.

"La police attaque les gens, on a perdu beaucoup de fils et de filles, on doit faire quelque chose", affirme d'une voix calme l'homme dans cette vidéo postée sur plusieurs réseaux sociaux, avant de commettre l'irréparable.

"J'ai décidé de me suicider dans le fleuve Rhône, c'est un challenge pour montrer que nous, peuple iranien, nous sommes très fatigués de cette situation", annonce-t-il.

"Son cœur battait pour l'Iran"

"Mohammad Moradi s'est donné la mort pour faire entendre la voix de la révolution en Iran, notre voix n'est pas propagée par les médias occidentaux", a fustigé mardi Timothée Amini, porte-parole de quelque 3 000 membres de la communauté iranienne de Lyon lors d'un rassemblement sur les lieux du drame, pont Gallieni (entre les 7e et 2e arrondissements).

"Son cœur battait pour l'Iran, il ne supportait plus ce régime", se désole-t-il.

Son geste est "farouchement courageux", a jugé sa compatriote Lili Mohadjer. Mohammad Moradi "espérait que sa mort soit un élément de plus pour les médias occidentaux et les gouvernements, pour soutenir la révolution en marche en Iran".

"On ne parle pas de se suicider, on parle de se sacrifier pour gagner la liberté", a expliqué une jeune Iranienne au mégaphone, avant de lancer: "Vive la liberté!"

Mouvement de contestation en Iran

L'Iran connaît depuis plus de deux mois une vague de contestation sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979. Elle est née de revendications sur les droits des femmes après la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir mal porté le voile islamique, qui se sont muées en protestation contre le pouvoir.

Dans un bilan publié mardi, Iran Human Rights (IHR), une ONG basée à Oslo, a fait état de 476 manifestants tués depuis mi-septembre.