Lyon: 30 ans de prison pour le chauffeur d'un fourgon qui a tué un policier en 2020

Farès D., reconnu coupable d'avoir volontairement fauché le policier Franck Labois en 2020 en prenant la fuite au volant d'un fourgon, a été condamné mercredi soir à trente ans de réclusion par la cour d'assises de Lyon.

Dans leur verdict rendu après cinq heures de délibéré, les jurés ont retenu l'"extraordinaire gravité de ce geste" résultant, selon eux, de la volonté de l'accusé "d'échapper coûte que coûte à une interpellation", avec pour conséquence la mort du policier du Groupe d'appui opérationnel (GAO) dans la nuit du 10 au 11 janvier 2020.

Une "intention homicide incontestable", a expliqué le président de la cour Antoine Molinar-Min.

Dans ses réquisitions, l'avocat général Olivier Nagabbo avait réclamé la réclusion à perpétuité pour l'accusé de 24 ans, estimant, comme les parties civiles, qu'il n'y avait "aucun doute" sur son intention de tuer.

"C'est un verdict de soulagement", a réagi Jean-François Barre, avocat de la famille Labois. Cette dernière et les nombreux policiers réunis au moment de l'énoncé ont accueilli le verdict avec beaucoup d'émotion pendant de longs instants.

"Le plus important pour nous, c'est la reconnaissance de l'intention de tuer. Parce que finalement, ça nous libère tous de ce sentiment de culpabilité. C'est ce qu'on attendait tous de ce procès, de vraiment remettre la culpabilité du bon côté, c'est sa faute", a déclaré Marianne Charret-Lassagne, cheffe de la sûreté départementale au moment des faits.

L'avocat général comme les parties civiles avaient plaidé que cette intention se traduisait à la fois dans la percussion, mais aussi dans "toute l'accélération du fourgon". Le corps du policier avait été traîné sur une dizaine de mètres.

- "C'est comme ça" -

Jugé depuis lundi, l'accusé a nié toute volonté de tuer.

"L'intention homicide a été retenue, pour autant on a admis que l'accusé pouvait garder espoir, démontrer qu'il était en capacité de réfléchir, de progresser", a commenté son avocat Julien Charle.

"Il a eu ces quelques mots, en disant +c'est comme ça+. C'est une façon de respecter la décision de justice, d'essayer d'y réfléchir et de l'entendre", a confié l'avocat, rappelant qu'il avait maintenant dix jours pour faire éventuellement appel.

"On a condamné cet homme à plus que son âge", a-t-il relevé.

La nuit du drame, le policier du GAO participait à une opération visant à interpeller une équipe de malfaiteurs qui venait de dérober un chargement de lessive en Isère.

En périphérie de Lyon, le fourgon Volkswagen qui transportait la marchandise volée s'est retrouvé coincé par deux véhicules et a tenté une manoeuvre pour se dégager, percutant de plein fouet Franck Labois, dressé sur son chemin arme au poing.

Il n'a pas tiré. "Franck Labois aimait tellement la vie que ça lui était impossible de donner la mort", a affirmé Me Laurent-Franck Liénard, avocat des collègues de la victime.

Il ne sera relevé aucune trace de freinage au sol et le policier décèdera trois jours plus tard. L'enquête a permis de remonter à trois hommes, dont Farès D., finalement arrêté le 16 janvier.

Les avocats de l'accusé ont martelé lors de leurs plaidoiries qu'il ne pensait "qu'à s'enfuir", et ont pointé les "incertitudes" du dossier alors que les avocats de la famille du policier décrivaient eux un homme à la tête d'une équipe "déterminée".

Auparavant, ses proches l'avaient décrit comme "gentil et calme", mais aussi "influençable", à l'évocation d'une délinquance précoce: une douzaine de faits déjà condamnés, plus quelques jugements encore attendus, notamment pour le vol de la nuit fatale.

"Je ne cautionne pas ce qu'il a fait, mais c'est pas un méchant", a plaidé sa mère. "Il n'a pas voulu que ça en arrive là, il me l'a dit", assure-t-elle. "C'est pas un meurtrier, c'est un voleur", a lâché un de ses cousins, venu spontanément témoigner à la barre.

Dans la matinée, les témoignages s'étaient achevés par l'intervention du frère de la victime, qui a souhaité s'adresser à l'accusé, malgré l'émotion. "J'aimerais qu'il s'excuse auprès de ma mère", a-t-il dit.

Quelques heures plus tard, alors qu'il prenait la parole pour la dernière fois, l'accusé a parlé "à la famille, aux frères, à la mère". "Je m'excuse, sincèrement", a-t-il simplement déclaré.

mla-ag/elm