La lutte contre le paludisme souffre aussi du Covid-19

·4 min de lecture

La crise sanitaire du Covid-19 a monopolisé l'attention mondiale, faisant craindre un relâchement des efforts contre le paludisme. À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre cette maladie, France 24 se penche sur les défis à surmonter alors que cette affection fait plus de 400 000 morts par an, essentiellement en Afrique.

Éviter que la lutte contre le paludisme ne soit victime du Covid. C'est l'objectif des experts du partenariat RBM impliqués dans les efforts visant à combattre cette maladie infectieuse propagée par les piqûres de moustiques, et qui fait plus de 400 000 morts par an. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné que la perturbation des traitements antipaludéens causée par la crise Covid pourrait entraîner des dizaines de milliers de décès supplémentaires. À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, France 24 s'est entretenue avec Olivia Ngou, directrice de l'ONG Impact Santé Afrique et co-fondatrice du CS4ME (Civil Society for Malaria Elimination) pour faire le point sur les derniers développements.

France 24 : L'année 2020 a été marquée par la pandémie du Covid-19. Est-ce que cela a eu un impact sur la lutte antipaludique ?

Olivia Ngou : La pandémie de Covid-19 a eu un impact négatif très fort, particulièrement en matière de prévention. Un grand nombre de campagnes de distribution publiques de moustiquaires imprégnées ont notamment été annulées, compte tenu du contexte sanitaire. Ces campagnes sont essentielles, mais dans la mesure où les gens se mettent en rang pour recevoir leur moustiquaire, elles n'étaient plus possibles à organiser. Ces difficultés ont laissé des millions de personnes sans protection durant la saison des pluies de mars 2020. Certains pays comme le Cameroun, le Niger et le Bénin ont néanmoins réussi à mettre en place des distributions en porte-à-porte.

Est-ce que les centres de santé antipaludiques ont été affectés ?

Les systèmes de santé dans leur ensemble ont été lésés, avec des ressources redirigées vers le traitement du Covid-19. Un des effets de la pandémie a été la rupture de stocks des tests de diagnostic rapides du paludisme, car les producteurs de tests se sont concentrés sur les tests Covid. Il y a également eu des tensions sur l'approvisionnement des traitements antipaludéens.

On a également constaté une nette diminution des consultations dans les centres de santé, alors que les moustiques continuent à piquer. Des décès attribués au Covid-19 ont sans doute été causés par le paludisme, car ces deux maladies ont beaucoup de symptômes en commun. Au Cameroun, les chiffres officiels font état de 11 000 morts liés au paludisme, au lieu des 2 000 à 4 000 décès constatés pour les années précédentes. Il s'agit de chiffres officiels, on craint que le nombre réel de décès soit bien plus élevé.

Craignez-vous également une diminution des fonds affectés à la lutte contre le paludisme ?

Il faut savoir que la lutte contre le paludisme souffre déjà d'un financement qui stagne depuis 2015. Celui du Fonds mondial contre le paludisme, le premier bailleur de fonds, ne devrait pas être affecté car il est déjà budgété jusqu'en 2023. Mais on craint que les pays d'Afrique dans lesquels le paludisme est endémique ne diminuent leurs financements car ils ont dû mobiliser leurs fonds pour le Covid-19. Des chercheurs africains travaillant sur cette maladie ont déjà reçu des appels pour s'orienter vers le Covid-19. La situation est très alarmante à ce niveau aussi. Il faut assurer impérativement le maintien de l’engagement financier des États.

Les États-Unis ont dépensé 11 milliards de dollars en 2020 pour financer un vaccin anti-Covid. C'est presque quatre fois plus que le budget annuel total de la lutte contre le paludisme. Est-ce que de tels moyens permettraient d'en venir à bout ?

On aurait sans doute un vaccin plus rapidement, même si on sait que les vaccins contre les coronavirus sont plus faciles à développer que ceux contre le paludisme ou le VIH. Il y a deux ans environ, l'OMS a lancé une initiative pour tester des vaccins antipaludiques destinés aux enfants. Actuellement, le processus normal pour la mise en place d’un nouveau vaccin prend environ sept ans. Au-delà des financements, ce sont les procédures qu'il faudrait faire évoluer pour gagner du temps.

Quelles sont les innovations les plus prometteuses pour lutter contre le paludisme ?

Il y a tout d'abord le vaccin, qui est déjà en train d'être testé. On a également de nouvelles moustiquaires imprégnées, dites de 4e génération, qui devraient être efficaces contre les moustiques qui étaient devenus résistants aux insecticides classiques. Enfin, il y a de nouveaux traitements prometteurs, comme celui qui permettrait de traiter un paludisme simple avec un seul comprimé - ce qui faciliterait grandement la distribution du traitement.