"On est dans l'urgence absolue": les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne

Un centre des Restos du Cœur à Paris en novembre 2021 - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Un centre des Restos du Cœur à Paris en novembre 2021 - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Nouvelle année, nouvelle campagne et nouvelles difficultés pour les personnes en situation de précarité: les Restos du Cœur lancent ce mardi leur 38e campagne annuelle, qui vise notamment à distribuer des repas aux personnes les plus précaires.

Elle se lance dans un contexte particulier: "à la crise sanitaire et à ses conséquences particulièrement dures pour les plus modestes", succède "une crise inflationniste qui les frappe déjà de plein fouet", notent les Restos du Cœur dans un communiqué. Lors de sa campagne précédente, 142 millions de repas ont été distribués et 1,1 millions de personnes ont été acueillies par l'association.

"Une année un peu particulière"

Cette dernière mène un large éventail d'actions: distribution de paniers-repas ou d'un repas chaud dans ses centres, aide au logement, soutien à la recherche d'emploi, maraudes...

"Nous sommes peut-être les seuls restos qui aimeraient fermer aujourd'hui", ironise Patrice Douret, le président de l'association, sur BFMTV ce mardi. Il n'en est toutefois pas question: "c'est une année un peu particulière, avec une augmentation du nombre de personnes que nous accueillons depuis quelques mois".

Selon l'association fondée par Coluche, depuis avril 2022, le nombre de personnes acueillies par les Restos a augmenté de 12% par rapport à 2021.

"Les personnes en situation de précarité ont un choix permanent entre se nourrir, se loger, se déplacer", souligne Patrice Douret sur BFMTV. "On est dans l'urgence absolue".

Des difficultés pour les bénévoles aussi

Claude-Léopold, habitant de l'Ain qui touche une retraite inférieure à 1000 euros, fait partie de ces nouveaux bénéficiaires de l'aide des Restos du Cœur: après avoir payé son loyer et toutes ses charges, il estime auprès de BFMTV qu'il lui reste "100 euros pour faire le mois".

En outre, parmi les dizaines de milliers de bénévoles des Restos du Cœur, beaucoup sont eux-mêmes modestes voire précaires, et certains ont désormais des difficultés à payer leurs frais de carburant pour se rendre dans les centres de distribution. Des dépenses qui donnent droit à un avantage fiscal... mais seulement pour ceux qui payent déjà des impôts.

Ce mardi, sur BFMTV, Patrice Douret a ainsi réclamé une nouvelle fois au gouvernement que sur ce point précis la réduction soit transformée en crédit d'impôt, pour bénéficier aussi aux bénévoles modestes.

"La précarité augmente"

La difficulté de la situation actuelle a été reconnue mardi par le ministre des Solidarités. "Le constat est sans appel: on est dans une situation où la précarité augmente dans notre pays, en particulier la précarité alimentaire", a commenté Jean-Christophe Combe lors d'une visite à Asnières-sur-Seine, au nord-ouest de Paris, dans un centre de distribution de l'association fondée par Coluche.

Face à l'inflation, "on commence à faire des arbitrages dans son budget", ce qui peut se traduire par "une moindre qualité de l'alimentation", a poursuivi le ministre:

"On fait le choix de ne plus manger de viande ou de poisson, ensuite on saute des repas", a ajouté le ministre.

"C'est toute cette spirale qu'on essaye d'enrayer", a déclaré Jean-Christophe Combe, rappelant les efforts du gouvernement pour limiter l'inflation, aider les ménages les plus modestes, et soutenir les associations qui organisent l'aide alimentaire.

Les jeunes particulièrement touchés

Début novembre, la Première ministre Élisabeth Borne a ainsi annoncé la mise en place d'un "fonds pour une aide alimentaire durable" de 60 millions d'euros en 2023, destiné à permettre aux Français les plus précaires d'accéder à une "alimentation de qualité".

Le gouvernement a aussi indiqué mardi qu'il débloquait une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d'euros pour l'aide alimentaire aux étudiants en difficultés. Selon le président des Restos du Cœur, 50% des personnes accueillies par l'association ont moins de 25 ans. "Je crains que les 10 millions ne suffisent pas, on sera très attentifs à l'évolution de la situation de ces jeunes", a-t-il réagi sur France Inter.

Article original publié sur BFMTV.com