Et la lumière «Fugue»

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Féministe. Dans un mélo classique et convaincant, Agnieszka Smoczynska évoque l’amnésie à rebours des usages, avec une héroïne qui se fout de retrouver sa vie.

Tout à sa conscience de ne pas être le premier film à mettre en scène une amnésie, Fugue s’ouvre avec un postulat original et grinçant. La femme qui a perdu la mémoire, et que nous observons émerger d’un couloir de métro en titubant sur ses talons, n’a aucune envie de la recouvrer. Ce qui déplace l’enjeu du deuxième long métrage de la Polonaise Agnieszka Smoczynska, car il ne s’agit plus tant de savoir qui est cette femme (le mystère sera vite résolu) que pourquoi elle n’a aucune envie, tout amnésique qu’elle est, de rentrer chez elle. A mesure que Kinga (Gabriela Muskala) se réapproprie sa maison, une première réponse s’offre à l’esprit des spectateurs, féministe et drôlement bien vue : qu’après deux ans passés à survivre seule dans les rues de Varsovie, Kinga n’a aucune envie de redevenir une mère de famille bourgeoise dans cette élégante et chiante maison à l’orée d’un bois. Ses proches ne l’accueillent d’ailleurs pas avec un excès d’attentions, ce qui attise plus avant l’intérêt, comme le fait aussi la mise en scène diffusant une tension contenue dans ses vues glacées d’architecture moderne et de campagne déserte. Muskala excelle à exprimer une agressivité rebelle somme toute compréhensible, puis à y imprimer un lent réchauffement. Si des embardées pas toujours réussies dans des scènes à l’expressivité lynchienne piquent çà et là, Fugue se révèle un mélo assez convaincant, qui a la bonne idée de n’offrir aucune résolution simplette.

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