"De la lumière à la déchéance": un homme jugé pour le meurtre de son ex-femme à coups de couteau et marteau

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La cour d'assises du tribunal de Montpellier.  - PASCAL GUYOT
La cour d'assises du tribunal de Montpellier. - PASCAL GUYOT

C’est une dualité, une forme de personnalité à double facette, qui occupe ce vendredi la cour d’assises de Versailles. Jusqu’au 6 octobre, la cour juge un homme accusé d’avoir assassiné son ex-épouse, le 24 janvier 2019. S’il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, il appartient à la justice d’établir les raisons qui l’ont poussé à commettre cet acte pour lequel les parents de la victime pleurent encore sur le banc des parties civiles.

Car, il y a à peine trois ans, leur fille s’est fait tuer sous leurs yeux, à son domicile de Cernay-la-Ville, dans les Yvelines. Ce jour-là, Martine et Guy T. se trouvent chez Isabelle T. pour l’aider à faire des travaux dans son nouvel appartement. Mais tout bascule quand un homme vêtu de noir, visage masqué, s’immisce chez elle et l’assaillit de 15 coups de marteau avant d’empoigner son couteau et de la frapper à 22 reprises "dans un déchaînement de violence".

Témoins impuissants de ce drame, les parents d’Isabelle tentent de mettre fin au massacre mais se retrouvent eux aussi blessés dans l’attaque. La mère de la victime parvient à prévenir les secours, mettant ainsi en fuite l’agresseur dont elle croise finalement le regard. Elle reconnaît alors son beau-fils, Jean J.

Personnalité fragile

En ce premier jour de procès, la cour s’intéresse donc à la personnalité de l’accusé dans le box, caché derrière son masque chirurgical blanc, les yeux rougis, le teint blafard. D’un côté, Jean J., 50 ans, est décrit comme "profondément gentil, affectueux", de l’autre, c’est le portrait d’un homme fragile, rongé par la dépression et l’addiction à l’alcool que dresse son frère aîné, Michel J.

Diplômé de Sciences Po, cadre de la fonction publique, Jean J. tente de gommer son enfance ponctuée par les violences de son père et la raideur de sa mère, par la réussite professionnelle. Il devient directeur général de service à la mairie de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, où il s’épanouit. Un parcours ascendant qui s’ajoute à la joie d’avoir rencontré en 1993 Isabelle T., avec qui il a deux enfants, Antoine et Clément.

Mais en 2014, "il passe de la lumière à la déchéance", explique son grand frère, quand l’équipe de la mairie pour laquelle il travaille change à la suite d’élections municipales. Mis de côté et harcelé moralement, Jean J. sombre, "c’est le début de la descente aux enfer". Son passé de "vilain petit canard", comme l’explique Jean lui-même à l’audience, resurgit et l’accable au point de tenter de se suicider.

"J’étais complètement apathique, je n’avais plus de motivation. Je ne m’occupais plus de mes enfants, et à peine de moi-même. Je ne me rendais pas compte que j’étais un fardeau pour ma famille", déclame-t-il sur un ton neutre.

"Un sentiment de colère m’envahissait"

Désemparée par les épisodes dépressifs dans lesquels Jean semble enfermé, Isabelle le quitte en 2017. "Elle a essayé de gérer mais ça n’a pas été facile pour elle, rapporte Michel, le frère aîné de l’accusé. Isabelle a eu la clairvoyance d’enclencher le divorce, mais malheureusement ça a ravivé chez Jean l’image douloureuse de l’échec". "Ça m’est tombé dessus comme un coup de tonnerre", abonde-t-il. Incapable d’accepter cette séparation, Jean J. multiplie les messages injurieux envers son ex-femme à qui il voue une haine obsessionnelle.

"À chaque fois que je pensais à elle, j’avais un sentiment de colère qui m’envahissait, des mots orduriers me venaient immédiatement à l’esprit. Je ne pouvais pas m’empêcher de ruminer cette séparation", reconnaît-il.

Il ressasse également la nouvelle vie amoureuse de son ex-femme qui entame une relation avec un autre homme. Dépité, déchu, Jean J. effectue des recherches sur Internet pour savoir comment endormir une personne à l’aide du chloroforme, il écrit des lettres dans lesquelles il déverse toute sa haine. Il achète aussi un marteau et un couteau qui lui serviront à assassiner son ancienne compagne. Une préparation qu’il mûrit pendant environ un mois pour mettre fin aux jours d’une femme qu’il décrit comme "toujours active, sociable", une épouse "tendre, à l’écoute".

Aujourd’hui sous antidépresseurs et anxiolytiques pour faire taire sa dépression, Jean J. dit avoir pris conscience de son acte, "une plaie béante" qui l’a poussé à couper les ponts avec ses deux enfants. "Je ne veux pas polluer leur vie actuelle, je me tiens à cette posture pour ne pas raviver leur peine."

Article original publié sur BFMTV.com

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