L'Ukraine face au Pays de Galle pour se qualifier pour le mondial 2022 et oublier la guerre

Après avoir éliminé l'Écosse mercredi à Glasgow, l'équipe de football d'Ukraine vise une victoire au pays de Galles ce dimanche pour se qualifier pour la Coupe du monde 2022 et oublier (un peu) la guerre. (Photo: Jane Barlow / PA Images / Getty Images)
Après avoir éliminé l'Écosse mercredi à Glasgow, l'équipe de football d'Ukraine vise une victoire au pays de Galles ce dimanche pour se qualifier pour la Coupe du monde 2022 et oublier (un peu) la guerre. (Photo: Jane Barlow / PA Images / Getty Images)

Après avoir éliminé l'Écosse mercredi à Glasgow, l'équipe de football d'Ukraine vise une victoire au pays de Galles ce dimanche pour se qualifier pour la Coupe du monde 2022 et oublier (un peu) la guerre. (Photo: Jane Barlow / PA Images / Getty Images)

FOOTBALL - Ils n’ont plus qu’une marche à franchir pour faire oublier encore un peu plus l’inconcevable. Ce dimanche 5 juin, quatre jours après avoir vaincu  l’Écosse à Glasgow (3-1), l’équipe nationale ukrainienne de football affronte le pays de Galles dans une finale de barrage qui peut lui permettre de participer à la Coupe du monde au Qatar fin 2022.

Un rendez-vous qui aurait dû avoir lieu en mars dernier, mais qui a été reporté du fait d’une actualité dramatique: l’invasion de l’Ukraine par la Russie, débutée il y a 102 jours exactement. Une guerre qui a causé la fuite à l’étranger de millions d’Ukrainiens, déplacé un tiers de la population nationale et dont le bilan humain -inconnu à l’heure actuelle- sera cataclysmique.

Un contexte dont les joueurs du sélectionneur Oleksandr Petrakov (qui a succédé à l’icône Andreï Chevtchenko en août 2021) doivent faire abstraction s’ils souhaitent représenter leur pays dans un deuxième Mondial, seize ans après le quart de finale de 2006.

Mercredi 1er juin, lors de la victoire sur l'Écosse à Hampden Park, à Glasgow, la
Mercredi 1er juin, lors de la victoire sur l'Écosse à Hampden Park, à Glasgow, la

Mercredi 1er juin, lors de la victoire sur l'Écosse à Hampden Park, à Glasgow, la "Zbirna" a évolué devant des milliers de supporters galvanisé par l'enjeu et le contexte international. (Photo: Simon Stacpoole / Offside / Getty Images)

Et le sélectionneur a résumé dans les colonnes du magazine Time l’état d’esprit de son équipe: “Il n’y a aucune colère, juste de la haine” contre l’envahisseur envoyé par le Kremlin. Un sentiment qu’il souhaite transformer en motivation pour ses hommes, leur permettant de montrer au travers du sport national que non, les Ukrainiens ne sont pas le peuple “inférieur” que la Russie cherche à dépeindre (d’autant qu’historiquement, les succès de l’URSS ont toujours été permis par des joueurs ukrainiens de grand talent).

De trop rares moments d’apaisement

Cette communion nationale s’est par exemple retrouvée au moment de l’Eurovision, où l’équipe entière a regardé les Ukrainiens de Kalush Orchestraremporter le télé-crochet continental, comme l’a raconté au DailyMail l’attaquant Roman Yaremchouk, 44 buts en sélection au compteur. Et que dire de l’ambiance lors du “Chtche ne vmerla Ukraïny”, l’hymne national, chanté par 3000 Ukrainiens lors de la demi-finale en Écosse et repris en cœur par des milliers de locaux qui l’avaient appris en phonétique.

Des moments comme hors du temps après des mois extrêmement pénibles pour tout le groupe jaune et bleu.

Le 24 février, lorsque les bombes ont commencé à s’abattre sur Kiev, le coach Oleksandr Petrakov a immédiatement tenté de s’engager dans les forces de défense ukrainiennes. Mais du fait de ses 64 printemps, il a été éconduit: “Vous êtes trop vieux et vous n’avez pas de compétences militaires. À la place, vous feriez mieux de nous rapporter la Coupe du monde.” Voilà ce que représente  pour le peuple ukrainien le match contre le pays de Galles qui se joue ce dimanche à Cardiff: une parenthèse heureuse, notamment pour les nombreux soldats qui encouragent l’équipe nationale, et l’occasion de voir les couleurs du pays briller ailleurs que sur les champs de bataille.

Des joueurs qui auraient pu se retrouver au front

Mais quid des joueurs dans tout cela? Car sur le terrain ce soir, comme mercredi en Écosse, ce sont onze jeunes hommes qui auraient pu être envoyés au front qui vont porter le maillot créé spécialement en soutien au peuple ukrainien. Des garçons qui essaient tous de contribuer à leur manière à l’effort national. En se faisant l’écho de la situation en Ukraine, en multipliant les opérations de charité et en jouant des matches à visée philanthropique.

Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)
Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)

Sur leur maillot, redessiné depuis le début du conflit, les Ukrainiens arborent le nom des villes qui pays qui subissent les frappes russes depuis la fin du mois de février (photo prise le 11 mai lors de la rencontre contre le Borussia Mönchengladbach). (Photo: Federico Gambarini / picture alliance / Getty Images)

Comme le 11 mai dernier, lorsque l’équipe nationale ukrainienne a affronté, pour son premier match depuis le début de l’invasion, le club allemand du Borussia Mönchengladbach au cours d’une rencontre amicale dont tous les bénéfices ont servi à financer une aide humanitaire. Un match -comme celui contre l’Écosse- durant lequel les Ukrainiens ont pu sentir le soutien d’un peuple étranger, le stade étant entièrement couvert de jaune et bleu et les slogans anti-guerre résonnant sans arrêt.

Lors du match face à l'Ukraine, les photographes ont pu saisir des moments d'apaisement bienvenus dans les rangs des supporters ukrainiens, terriblement éprouvés par 100 jours de guerre dans leur pays natal. (Photo: Ian MacNicol / Getty Images)
Lors du match face à l'Ukraine, les photographes ont pu saisir des moments d'apaisement bienvenus dans les rangs des supporters ukrainiens, terriblement éprouvés par 100 jours de guerre dans leur pays natal. (Photo: Ian MacNicol / Getty Images)

Lors du match face à l'Ukraine, les photographes ont pu saisir des moments d'apaisement bienvenus dans les rangs des supporters ukrainiens, terriblement éprouvés par 100 jours de guerre dans leur pays natal. (Photo: Ian MacNicol / Getty Images)

Le point de départ d’une “tournée internationale pour la paix” (avec des rencontres similaires contre Empoli en Italie et Rijeka en Croatie) qui a vu les joueurs prendre leurs quartiers à Brod, près de Ljubljana, en Slovénie pour préparer les rendez-vous face à l’Écosse et au pays de Galles dans les meilleures conditions. Et cela même si les conversations au sein du groupe tournent davantage autour des approvisionnements en matériel médical dans le Donbass que des performances sportives de chacun.

Des mois d’incertitude pour les joueurs du championnat national

“Parfois on est soucieux, parce que les roquettes continuent de voler”, a par exemple confié le gardien et capitaine Andriy Pyatov, 37 ans, sur le site de la Fédération. Et son remplaçant, Dmytro Riznyk, d’ajouter: “Des gens meurent chaque jour. On y pense tout le temps, mais on essaie de rester concentrés sur notre métier.”

D’autant que beaucoup des joueurs retenus par Oleksandr Petrakov, dont une vaste majorité évoluent dans le championnat national (au Shakhtar Donetsk, au Dynamo Kiev et au Dnipro-1, les clubs phares du pays), ont vécu la guerre en première ligne. Comme leur sélectionneur, certains ont dû se terrer pendant plusieurs jours dans des caves et des passages sous-terrains avec femme et enfants avant de pouvoir quitter le pays: Serhiy Sydorchuk, sa femme et leurs jumeaux ont notamment passé des jours cachés dans un parking sous-terrain à Kiev. Et au contraire de leurs adversaires, les Ukrainiens d’Ukraine (six étaient titulaires en Écosse) n’ont plus aucune compétition dans les jambes depuis trois mois, à l’exception de quelques matches exhibitions disputés à l’étranger pour lever des fonds et soutenir les forces armées ukrainiennes.

Le gardien Dmytro Riznyk a par exemple totalement arrêté de s’entraîner entre la mi-février et mai, lorsque ses coéquipiers et lui sont arrivés en Slovénie. Comme lui, beaucoup des joueurs du championnat domestique ont d’ailleurs trouvé du réconfort dans le fait de voir leurs partenaires de sélection continuer à jouer: Zinchenko à Manchester City, Malinovskyi avec l’Atalanta Bergame, le buteur Yarmolenko à West Ham...

Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)
Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)

Le 11 mai dernier, Mykhailo Mudryk, 21 ans, a inscrit le premier but de l'Ukraine face au Borussia Mönchengladbach, dans ce qui était le premier match de son équipe nationale depuis l'invasion russe. (Photo: picture alliance via dpa/picture alliance via Getty I)

Certains joueurs ont d’ailleurs vécu le même drame que leurs compatriotes. À l’image d’Oleksandr Karavayev, arrière latéral qui a fêté ses 30 ans au lendemain de la victoire en demi-finale de barrage, et qui sait qu’une partie de sa famille est désormais captive de l’armée russe dans la ville occupée de Kherson dont il est originaire. Parmi ces proches empêchés de sortir de la ville figure notamment une belle-sœur qui a accouché d’une petite fille au début du conflit, raconte-t-il à Time. Son coéquipier Taras Stepanenko, lui, a vu un bâtiment être détruit par des missiles russes 20 minutes après qu’il soit passé devant en voiture avec ses trois fils et sa femme au cours de leur fuite vers l’étranger.

“Nous n’avons plus peur de rien”

Et tout cela, c’est sans même évoquer les conséquences plus larges de la guerre sur le football ukrainien: les jeunes du FC Marioupol portés disparus dans les bombardements, le stade Lviv devenu un camp de réfugiés accueillant 3000 lits plutôt que 40.000 spectateurs en liesse, les clubs qui s’organisent pour distribuer de l’aide humanitaire...

Dès lors, facile de comprendre que la finale face aux Gallois sera plus qu’une simple rencontre pour le onze ukrainien, comme l’a résumé Oleksandr Zinchenko, défenseur de Manchester City et star de la sélection. “Il n’est pas nécessaire de parler de motivation: je peux promettre à tous les Ukrainiens que chacun d’entre nous va tout donner pour gagner le match, pour qu’ils soient fiers de nous et, juste peut-être pour quelques secondes, qu’ils aient le sourire”, a-t-il déclaré après être devenu une nouvelle fois champion d’Angleterre. Et d’ajouter, après la qualification contre l’Écosse: “Nous nous devons de nous de qualifier, de gagner. Sinon ce match contre les Écossais n’aura servi à rien. C’est une finale donc chacun d’entre nous devra faire le meilleur match de sa vie.”

Lors de la victoire contre l'Écosse, les Ukrainiens ont pu célébrer avec leur public une victoire qui aura offert
Lors de la victoire contre l'Écosse, les Ukrainiens ont pu célébrer avec leur public une victoire qui aura offert

Lors de la victoire contre l'Écosse, les Ukrainiens ont pu célébrer avec leur public une victoire qui aura offert "deux heures de bonheur" à tout un peuple, pour citer le président Zelensky. (Photo: Ross MacDonald / SNS Group / Getty Images)

En attendant, comme l’a exprimé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, les joueurs de la “Zbirna”, le surnom de l’équipe nationale, ont déjà offert “deux heures de bonheur” à tout un pays. “Il y a des moments dans la vie où l’on a besoin de peu de mots: aujourd’hui, ‘fierté’ suffit. Je vous dis simplement merci messieurs!”, a-t-il ajouté dans une publication Instagram. Avant de poursuivre, avec forcément le match face au pays de Galles à l’esprit: “L’Ukraine n’est pas encore morte. Nous luttons, nous luttons, nous encaissons et nous gagnons.”

Un état d’esprit là encore résumé auprès de Time par le sélectionneur Oleksandr Petrakov, qui s’avançait avec une détermination sans pareille vers les deux matches de barrage: “Après les missiles, les fusées et les bombes, nous n’avons plus peur de rien.” Ils ont surtout beaucoup à gagner, pour tout un peuple.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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