L'UE prête à sanctionner des Iraniens pour violations des droits de l'homme

par Robin Emmott et John Irish
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L'UE PRÊTE À SANCTIONNER DES IRANIENS POUR VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME

par Robin Emmott et John Irish

BRUXELLES/PARIS (Reuters) - L'Union européenne devrait décider mercredi de sanctionner plusieurs Iraniens pour violations des droits de l'homme, ses premières mesures du genre depuis 2013, rapportent trois diplomates de l'UE.

Les ambassadeurs des Vingt-Sept devraient convenir d'interdire de voyage et de geler les actifs dans l'UE de ces individus, dont la liste sera rendue publique la semaine prochaine, quand les sanctions entreront en vigueur, précisent ces mêmes sources, sans autres détails.

L'Union européenne n'a pas souhaité faire de commentaire.

Comme les Etats-Unis, le bloc communautaire applique depuis 2011 une série de sanctions en lien avec les droits de l'homme à quelque 80 ressortissants iraniens. Ces sanctions sont renouvelées tous les ans au mois d'avril et le seront encore mercredi, indiquent les trois diplomates contactés par Reuters.

Interrogé sur la raison de ces mesures supplémentaires, l'un des diplomates explique que l'UE souhaite monter au créneau davantage sur le dossier des droits de l'homme. Ce mois-ci, les Vingt-Sept ont sanctionné 11 personnes originaires de pays comme la Chine, la Corée du Nord, la Libye et la Russie.

"Les auteurs de graves violations des droits de l'homme doivent savoir qu'il y a des conséquences", souligne-t-il.

Les Nations unis dénoncent régulièrement les arrestations d'opposants politiques en Iran et les atteintes à la liberté d'expression.

Le 9 mars dernier, le rapporteur spécial de l'Onu sur la situation des droits de l'homme en Iran, Javaid Rehman, a présenté un rapport documentant le nombre élevé de peines capitales prononcées dans la République islamique, les exécutions de mineurs, le recours à la torture pour extorquer des aveux et le mariage légal de jeunes filles de 10 ans.

L'Iran rejette systématiquement les accusations occidentales sur les droits de l'homme.

ACCORD NUCLÉAIRE

L'Union européenne, cependant, n'avait plus ajouté aucun ressortissant iranien à sa liste depuis 2013, l'Europe ayant préféré éviter de mécontenter Téhéran dans l'espoir de sauvegarder l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

Selon les trois diplomates, les sanctions en préparation n'ont pas de lien avec les efforts actuellement déployés pour remettre à flot l'accord de Vienne, dont les Etats-Unis se sont retirés en 2018 sous Donald Trump, mais que l'administration de Joe Biden cherche à réintégrer.

L'Union européenne a supprimé en 2016 le plus large éventail de sanctions économiques et financières qu'elle imposait à l'Iran, après la conclusion de l'accord sur le nucléaire. Le bloc a toutefois sanctionné en 2019 une unité des services de renseignement et deux de ses membres, accusant Téhéran de fomenter des attentats au Danemark, en France et aux Pays-Bas, des accusations rejetées par la République islamique.

En septembre dernier, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, les trois signataires européens de l'accord de Vienne, ont pris l'initiative peu commune de convoquer leurs ambassadeurs d'Iran respectifs pour protester contre "de graves et constantes" violations des droits de l'homme.

Les trois puissances européennes avaient aussi plaidé en mars 2018 - quand la Grande-Bretagne était encore membre de l'UE - pour des sanctions contre l'Iran en lien avec son programme de missiles balistiques et son implication en Syrie.

Mais les autres pays membres avaient redouté les conséquences de telles sanctions sur l'obtention par les entreprises européennes de contrats lucratifs en Iran, qui s'ouvrait alors après des décennies d'isolement.

(version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Jean-Michel Bélot)