L'UE maintient la pression sur les livraisons de vaccins anti-COVID

par Andrius Sytas et Jan Strupczewski
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L'UE MAINTIENT LA PRESSION SUR LES LIVRAISONS DE VACCINS ANTI-COVID

par Andrius Sytas et Jan Strupczewski

VILNIUS (Reuters) - L'Union européenne, appuyée par la France et l'Allemagne, a maintenu mardi la pression sur les laboratoires pharmaceutiques, en particulier AstraZeneca, pour qu'ils honorent leurs promesses de livraisons de vaccins anti-COVID, quitte à contrôler strictement leurs exportations.

Après Pfizer, qui a annoncé le 15 janvier une réduction temporaire de sa production, AstraZeneca a informé vendredi l'UE que ses livraisons seraient inférieures aux volumes convenus avec Bruxelles en raison d'un problème de production.

"L'Europe a investi des milliards pour aider à développer les premiers vaccins contre le COVID-19 au monde. Pour créer un bien commun véritablement mondial. Et maintenant, les entreprises doivent tenir leurs promesses. Elles doivent honorer leurs obligations", a déclaré Ursula von der Leyen à l'occasion du Forum de Davos qui se tient cette année en ligne.

"C'est la raison pour laquelle nous allons mettre en place un mécanisme de transparence des exportations de vaccins", a ajouté la présidente de la Commission européenne.

L'exécutif européen souhaite ainsi établir d'ici la fin de la semaine un registre des exportations de vaccins produits dans l'UE, sans pour autant, insiste-t-il, imposer une interdiction d'exportation.

En France, la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré sur BFMTV: "La présidente de la Commission européenne a été très claire, nous allons mettre une vérification, un contrôle des exportations de ces produits pharmaceutiques aux bornes de l'Union européenne."

"Pas pour empêcher ces produits d'être exportés, il est normal qu'un certain nombre de pays soient approvisionnés (...) mais juste pour compter les doses qui sortent", a-t-elle ajouté.

"Il convient de noter que nous ne prévoyons pas d'imposer des interdictions d'exportation ou des restrictions à l'exportation", a renchéri Valdis Dombrovskis, vice-président de la commission européenne chargé du Commerce, à l'occasion d'une conférence de presse à Bruxelles.

Le ministre allemand de la Santé a quant à lui apporté son soutien à la proposition de registre des exportations de vaccins contre le COVID-19.

ASTRAZENECA PROPOSERAIT D'AVANCER LE DÉBUT DE SES LIVRAISONS

"Je peux comprendre qu'il y ait des problèmes de production, mais cela doit affecter tout le monde de la même manière", a déclaré Jens Spahn sur la chaîne de télévision ZDF.

"Il ne s'agit pas d'accorder la priorité à l'Europe mais sa juste part", a-t-il expliqué, ajoutant qu'il était donc logique de contrôler les exportations de vaccins.

Un porte-parole de la Commission européenne a souligné que l'Europe cherchait avec cette mesure à accroître la transparence.

"La Commission a dépensé pas mal de fonds pour le développement des capacités de production afin de s'assurer qu'il y ait des doses suffisantes pour l'Union européenne et au-delà", a-t-il dit.

Une réunion entre l'exécutif européen et AstraZeneca est prévue mercredi.

Le directeur général d'AstraZeneca, Pascal Soriot, a assuré lundi mettre tout en oeuvre pour que le vaccin soit fourni à des millions d'Européens le plus rapidement possible.

Des responsables européens ont déclaré mardi à Reuters que le laboratoire anglo-suédois avait proposé lundi, lors de deux réunions d'urgence avec des représentants de l'UE, de fournir au bloc ses premières doses de vaccins dès le 7 février, avec une semaine d'avance sur le calendrier prévu.

Selon l'une de ces sources informées de la teneur des discussions, AstraZeneca a aussi revu à la hausse ses objectifs de livraisons pour février, par rapport aux réductions annoncées la semaine dernière, mais le flou demeure sur les volumes du mois de mars.

Le deuxième responsable, directement impliqué dans ces négociations, a cependant déclaré qu'il n'y avait pas de proposition concrète de hausse globale des livraisons sur le trimestre.

Ce même responsable a rapporté que l'UE avait explicitement demandé à AstraZeneca s'il pouvait réorienter vers les Vingt-Sept des doses produites en Grande-Bretagne, au moins jusqu'en mars. Le laboratoire n'a pas répondu.

Il n'a pas été possible de joindre AstraZeneca dans l'immédiat.

Selon un responsable de l'UE, AstraZeneca a reçu un versement de 336 millions d'euros lors de la commande en août dernier d'au moins 300 millions de doses de vaccins avec une option pour 100 millions d'autres.

Cet argent doit garantir à l'UE ses livraisons et être essentiellement employé pour augmenter les capacités de production.

Cette précommande européenne a été effectuée après celle des Etats-Unis en mai pour un montant pouvant atteindre 1,2 milliard de dollars (988 millions d'euros) et celle de la Grande-Bretagne à la même date pour 100 millions de doses au tarif de 84 millions de livres (94 millions d'euros).

(Rédactions de Reuters; Version française Claude Chendjou et Bertrand Boucey, édité par Jean-Stéphane Brosse)