Lucas Tronche: comment les médecins légistes vont tenter de faire parler les ossements retrouvés

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Lucas Tronche a disparu en 2015. - DR
Lucas Tronche a disparu en 2015. - DR

C’est une découverte qui a anéanti les derniers espoirs de toute une famille. Jeudi, le procureur de Nîmes a annoncé la découverte d’ossements, de débris de vêtements et d’un sac à dos à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, à proximité du domicile de Lucas Tronche, porté disparu depuis plus de six ans.

Le 18 mars 2015, l’adolescent de 16 ans a quitté son domicile pour se rendre à son cours de natation et n’a jamais été revu vivant. L’ensemble des éléments retrouvés vont maintenant être soumis à une batterie d’analyses effectuées notamment par un anthropologue médico-légal. Mais elles pourraient ne pas apporter toutes les réponses espérées.

Plus aucun tissu après 12 à 18 mois

Un cadavre livre le plus d'informations lorsqu’il est découvert très peu de temps après la mort. Le médecin légiste peut alors étudier l’ensemble des "tissus mous", comme les vaisseaux sanguins, mais aussi les organes ou les insectes présents sur la dépouille. "Au-delà de 12 à 18 mois, les tissus mous disparaissent et on observe une désarticulation des os, qui deviennent des os uniques", indique à BFMTV.com Joël Couénon, médecin légiste.

Après plusieurs années à l’air libre, "il ne peut rester que des lambeaux de chair complètement putréfiés et trop abîmés pour être analysés", poursuit sa consœur Caroline Rambaud, médecin légiste à l'institut médico-légal de Garches (Hauts-de-Seine), contactée par nos soins.

En raison de la présence d’effets personnels appartenant de manière "quasiment certaine" à Lucas Tronche, le procureur Éric Maurel a estimé ce vendredi que la découverte correspondait "très probablement" à la dépouille du jeune garçon. Toutefois, "ces objets ont pu être déposés", note Caroline Rambaud.

Le médecin légiste doit donc effectuer une série d’examens des ossements pour s’assurer qu'ils appartiennent bien à Lucas Tronche: s’agit-il d’un sujet féminin ou masculin? D’un sujet "immature", c’est-à-dire encore en croissance, ou âgé, par exemple avec de l’arthrose? Pour un résultat plus précis, on réalise ensuite une expertise génétique avec la moelle osseuse, afin de comparer l’ADN avec un objet gardé par la famille.

Fractures ante-morterm ou post-morterm?

Pour estimer les causes et les circonstances de la mort, "le médecin légiste répond à une série d’hypothèses et de scénarios proposés par les enquêteurs", souligne Joël Couénon. Entre alors en scène l’anthropologue médico-légal, dont la spécialité est l’étude des os. Ce dernier va analyser, notamment à l’aide d'un scanner, les ossements afin de trouver d’éventuelles lésions ou fractures.

Comme l’a noté le procureur de Nîmes lors d’un nouveau point de presse en fin de journée, "la nature est passée par là, les animaux sont passés par là, quels sont les éléments qui relèvent d’éventuels coups, des résulats de la chute ou l’intervention de la nature? Seuls les spécialistes pourront peut-être nous le dire."

Les médecins légistes seront en mesure de déterminer si les fractures sont ante-mortem ou post-mortem. "La différence entre une fracture du vivant et du mort est que l’os est vascularisé, c’est-à-dire qu’il y a eu beaucoup de sang", poursuit Caroline Rambaud. Par exemple, si des morsures sont observées sur les ossements, le praticien sera capable de dire si elles sont intervenues avant ou après la mort.

Certains os parlent plus que d’autres

Tous les os ne livrent pas les mêmes informations, et n’attestent donc pas des mêmes scénarios. Tout dépend donc de quels ossements ont été retrouvés. Pour la piste d’une chute accidentelle, on n'observe en général "des blessures que sur un côté du corps", précise d’abord Joël Couénon. Si les enquêteurs retrouvent la boîte crânienne et qu’elle comporte des fractures, le médecin légiste sera en mesure de dire si elle a été réalisée par un objet contondant. Si l’os hyoïde - au niveau du cou - est retrouvé et qu’il comporte là aussi une fracture, cela pourrait confirmer la thèse d’un étranglement.

Enfin, l’anthropologue médico-légal étudie "les zones de prise et de parade", poursuit le médecin légiste: si une fracture est découverte au niveau des os de l'avant-bras, elle peut attester d’une scène de bagarre où la victime a tenté de se défendre.

En revanche, certains causes, comme l’empoisonnement, ne pourront plus être confirmées avec la seule analyse des os. De même, une blessure par balle, sans la découverte de douille, sera compliquée à garantir.

Article original publié sur BFMTV.com

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