Qui sont les "Loups Gris", ce mouvement ultra-nationaliste turc que Darmanin veut dissoudre?

Clarisse Martin avec AFP
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Des membres de la communauté turque ont tenté d'en découdre avec des Arméniens mercredi 28 octobre 2020 à Décines-Charpieu. - BFMTV
Des membres de la communauté turque ont tenté d'en découdre avec des Arméniens mercredi 28 octobre 2020 à Décines-Charpieu. - BFMTV

Le ministre de l'Intérieur a fait part ce lundi de sa volonté de dissoudre le groupuscule ultra nationaliste turc, devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale.

Gérald Darmanin a annoncé ce lundi devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale vouloir demander mercredi en Conseil des ministres la dissolution du mouvement ultra-nationaliste turc des "Loups Gris"

Il s'agit d'"un groupement de fait particulièrement agressif pour ne pas dire plus", a assuré le ministre de l'Intérieur, avec de fortes tensions diplomatiques entre Paris et Ankara autour du traitement des musulmans en France en toile de fond.

Succession d'incidents

Après plusieurs incidents ayant opposé la semaine dernière les communautés turque et arménienne, le groupuscule des "Loups Gris" a été pointé du doigt. Mercredi, quatre personnes ont été blessées en marge d'une manifestation de soutien à l'Arménie sur l'autoroute A7, au niveau de Vienne (Isère).

Une rixe opposant "des membres de la communauté turque à des membres de la communauté arménienne", qui bloquaient la circulation, a indiqué Audrey Quey, la procureure de la République de Vienne, citée par l'Agence-France Presse (AFP).

Le soir-même, c'est à Décines-Charpieu (Rhône) que les forces de l'ordre ont dû intervenir pour empêcher environ 250 membres de la communauté turque d'en découdre avec des Arméniens. Tous ont été verbalisés pour non-respect du couvre-feu, rapporte l'AFP.

Cette ville de quelque 30 000 habitants, située non loin de Lyon, est considérée comme une commune phare de la diaspora arménienne. On y trouve deux églises arméniennes, une radio arménienne, le Centre de la mémoire arménienne et le Mémorial du génocide arménien de 1915, le premier à avoir été érigé en Europe, en 1972.

Au lendemain de cette manifestation, jeudi, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) a dénoncé une "'chasse aux Arméniens' par les Loups Gris".

Jeudi soir, c'est à Dijon (Côte-d'Or) que s'est tenue une manifestation rassemblant quelque 70 personnes arborant des drapeaux turcs. Une enquête de flagrance a été ouverte pour "participation à un groupement violent en vue de violences et dégradations", "violences en réunion sur personnes dépositaires" et "organisation d'une manifestation sans déclaration", a précisé à l'AFP le procureur de la République de Dijon, Eric Mathais.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le mémorial du génocide ainsi que le Centre national de la mémoire arménienne de Décines-Charpieu ont été tagués à la bombe jaune fluo des initiales "RTE", les initiales du président turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que de "Loups gris" et "Nique l'Arménie". Ces profanations ont été découvertes dimanche matin par des représentants associatifs. Une enquête a été ouverte.

Un précédent en juillet

Déjà en juillet, des individus extrémistes pro-Turquie, munis de barres de fer, avaient tenté de s'en prendre à des membres de la communauté arménienne de Décines-Charpieu.

Mi-septembre, à la suite de ces événements, un extrémiste pro-turc a été jugé à Bourg-en-Bresse (Ain) pour "incitation à la haine". Ce dernier, Ahmet Cetin, a plaidé le "malentendu". Notamment soupçonné d'être à l'origine de ce rassemblement, le prévenu a nié faire partie des "Loups Gris". La décision est attendue le 5 novembre.

Ce groupuscule a vu le jour en Turquie à la fin des années 1960. Au départ, il se trouve être la branche militaire du parti néo-fasciste et ultra-nationaliste MHP, relate France 24.

Depuis, ce mouvement se déploie, selon Le Monde, "tantôt avec l’accord tacite, voire les encouragements, du pouvoir turc, tantôt à son insu, contre 'les gauchistes', les Kurdes et tous ceux qui dénigrent la grandeur turque".

Ces ultranationalistes, dont le signe de ralliement est un pouce joint au majeur et à l'annulaire, sont réputés proches du président turc Recep Tayyip Erdogan. En France, contrairement à la Turquie, ils ne disposent pas d'une existence légale, selon Le Parisien. Devant la Commission des lois, Gérald Darmanin n'a pas évoqué une "association" mais "un groupement de fait". Le quotidien souligne que l'influence du groupuscule reste relativement limitée dans l'Hexagone.

En Turquie, les "Loups Gris" peuvent être assimilés "plus ou moins à une association de jeunesse liée au MHP, le parti d’extrême droite allié de l’AKP", indique Elise Massicard, chercheuse à Sciences Po, à nos confrères de France 24.

Selon cette chercheuse, le "regain d'activisme des nationalistes turcs" constaté en France est "peut-être lié au fait que le MHP est dans la coalition gouvernementale au pouvoir depuis 2018". Elle juge toutefois peu probable que les "Loups Gris" soient instrumentalisés ou téléguidés depuis Ankara.

Regain de tension depuis la reprise du conflit au Nagorny Karabakh

Ces derniers jours, plusieurs voix s'étaient élevées, notamment la Licra, pour demander la dissolution de ce groupuscule. Dimanche, après la profanation survenue à Décines-Charpieu, le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) avait "dénonc(é) la très grave passivité de l'État" et réitéré sa demande de dissolution des "Loups Gris".

"Il est temps de dissoudre #Loupsgris et toutes les associations qui prônent la haine et la violence en France", a réagi sur Twitter Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

Un regain de tension a lieu entre les communautés turque et arménienne depuis la rentrée et la reprise du conflit au Nagorny Karabakh, territoire majoritairement peuplé d'Arméniens qui a fait sécession de l'Azerbaïdjan lors de la chute de l'URSS, où s'affrontent les forces arméniennes et azerbaïdjanaises, ces dernières étant soutenues par la Turquie.

Au début des années 1990, une guerre avait déjà fait 30 000 morts. Les hostilités ont repris le 27 septembre et ont déjà fait des centaines de victimes.

Article original publié sur BFMTV.com

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