Qui sont les Loups gris, ce groupuscule extrémiste turc qui va être dissout en France?

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce lundi 2 novembre la dissolution des Loups gris, un groupuscule turc d’extrême droite radicale, nationaliste et xénophobe, après des incidents la semaine dernière en France.

Le pouce, le majeur et l’annulaire joints, l'index et l'auriculaire dressés, pour former le profil du loup. Tel est le signe de ralliement des Loups gris. Ces militants radicaux turcs sont pointés du doigt après de récents incidents ayant opposé les communautés turque et arménienne près de Lyon. Les tensions entre ces deux diasporas sont exacerbées depuis la reprise du conflit dans le Haut-Karabakh, opposant l'Arménie et l'Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie.

Il s'agit d'« un groupement de fait particulièrement agressif pour ne pas dire plus », a déclaré ce lundi le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin à propos des Loups gris, en annonçant leur dissolution qui doit être actée mercredi en Conseil des ministres.

Attentat contre Jean-Paul II

La mouvance est née en Turquie, à la fin des années 1960, en tant que branche paramilitaire du parti nationaliste MHP, aujourd’hui allié de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. Les Loups gris ont mené des actions violentes dans les années 1970 et 1980 contre les mouvements communistes et d’extrême gauche. De nombreux assassinats d’intellectuels et de journalistes de gauche leurs sont attribués.

Interdite en Turquie dans les années 1980, avant de réapparaître quelques années plus tard, l’organisation terroriste essaime dans la diaspora, en Allemagne, Autriche, France, Belgique, Suisse. En 1981, l’un de ses membres tente d’assassiner le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome.

Dans les années 1990, ces ultranationalistes mènent des actions violentes contre les Kurdes, les Arméniens et les Grecs. Ils cultivent aussi des liens avec le mouvement séparatiste ouïghour en Chine. Des militants rejoignent les rangs de l’armée azerbaidjanaise en guerre contre l’Arménie au début des années 1990, dans le premier conflit du Haut-Karabakh. Mais la mouvance est interdite par Bakou en 1995, accusée d’avoir pris part à la tentative de coup d’Etat contre le président Gaydar Aliyev, le père de l’actuel dirigeant azéri.

Tolérance d'Ankara

Les Loups gris défendent l’idée du panturquisme, dont l’objectif est de rassembler les peuples turcophones au sein d’un même Etat. Organisation devenue légale en Turquie, ils seraient présents au sein de la police, de l’armée et des services secrets turcs, le pouvoir étant assez tolérant à leur égard.

Avant le déclenchement de la guerre du Haut-Karabakh le 27 septembre 2020, des militants des Loups gris avaient semé la panique cet été à Lyon en marge d’une manifestation pro arménienne. Un Franco-Turc de 23 ans, Ahmet Cetin, avait été jugé mi-septembre à Bourg-en-Bresse pour « incitation à la haine ». Il était apparu dans une vidéo dans laquelle il disait : « Que le gouvernement (turc) me donne une arme et 2000 euros et je ferai ce qu'il y a à faire où que ce soit en France », regrettant qu'à Marseille il y ait « trop d'Arméniens ».