Louise Erdrich imagine une société où la capacité des femmes à donner la vie devient une arme politique

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"Je me rappelle maintenant que j’y étais, la dernière fois qu’il a neigé au paradis." Dans le journal qu’elle rédige pour son enfant à naître, Cedar Hawk Songmaker se souvient d’un monde qui n’avait pas encore atteint son point de non-retour et s’apparente désormais à un paradis perdu. L’hiver n’existe plus, les étés sont caniculaires et les animaux semblent avoir renoncé à se reproduire. Afin de préserver la survie de l’humanité, le gouvernement fédéral américain impose aux femmes enceintes de rejoindre les hôpitaux qui leur sont réservés – des prisons, murmure-t-on, où les mères sont séparées dès la naissance de leur bébé.

Refusant de se soumettre, Cedar se retranche dans un bungalow en lisière de forêt, au fond d’une impasse oubliée, et rédige pour son enfant cette "enquête au cœur de l’étrangeté des choses" sans savoir s’il lui sera un jour possible de la lire. Sous sa plume s’animent ses ancêtres ojibwés et leurs descendants, propriétaires d’une station-service Superpumper, "premier arrêt avant le casino indien", parmi lesquels grand-mère Virginia, sa préférée, qui a "peut-être vécu l’épanouissement final de la culture et de la pensée humaines" avant l’effondrement général. "Avec toi tout peut recommencer, et tout a besoin de recommencer", confie Cedar à cet enfant devenu son seul espoir, sa seule raison de tenir face au délitement du monde qui lui était familier.

La résilience d’une héroïne prête à tout

Les lecte...


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