L'Otan et l'UE appellent l'Iran «à la retenue et à la désescalade»

Les 29 ambassadeurs des pays membres de l’Otan ont participé lundi 6 janvier à Bruxelles à une réunion extraordinaire consacrée à la situation au Proche-Orient trois jours après la mort à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe ordonnée par Donald Trump.

« Lors de notre réunion aujourd'hui, les alliés ont appelé à la retenue et à la désescalade. Un nouveau conflit ne serait dans l'intérêt de personne, donc l'Iran doit s'abstenir de davantage de violence et de provocations », a déclaré le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg à la presse.

Ce que dit Jens Stoltenberg est : nous sommes unanimes à condamner le soutien apporté par l’Iran à un certain nombre de groupes terroristes. A l’issue de cette réunion extraordinaire, l’heure est à l’unanimité pour appeler à la désescalade des tensions, demander à tous de la retenue, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

Lors de cette réunion des ambassadeurs des 29 pays de l'Otan, les responsables américains ont informé leurs partenaires à propos de l'opération lors de laquelle le général iranien Qassem Soleimani a été tué en Irak.

Le chef de l'Otan a souligné qu'il s'agissait d'une « décision des États-Unis, pas de la coalition ou de l'Otan ». « Mais tous les alliés sont inquiets des activités déstabilisatrices de l'Iran dans la région », a-t-il précisé. « Nous avons vu récemment une escalade de la part de l'Iran, notamment une frappe contre une installation pétrolière saoudienne et un drone américain abattu », a-t-il ajouté.

« Lors de notre réunion d'aujourd'hui, les Alliés ont exprimé leur ferme soutien à la lutte contre l'État islamique et à la mission #NATO en #Iraq. Dans tout ce que nous faisons, la sécurité de notre personnel est primordiale. En tant que tel, nous avons temporairement suspendu notre formation sur le terrain », a écrit sur Twitter la porte-parole de l'Otan, Oana Lungescu. Après l'assassinat du général Soleimani vendredi, l'Otan a annoncé le lendemain suspendre ses opérations d'entraînement en Irak.

Officiellement donc, les 29 pays de l’Otan sont rangés comme un seul homme autour des États-Unis. Ils partagent les préoccupations sécuritaires au sujet de l’attitude de l’Iran, mais aucun pays n’a en revanche expressément soutenu la décision de rapper le général Soleimani. 24 des alliés sont aussi membres de l’UE et les Européens ne semblent pas sur quel pied danser.

L'UE se cherche toujours une position diplomatique

Depuis l’attaque contre Qassem Soleimani, les Européens cherchent une position diplomatique. Jusqu’ici, ils se sont contentés d’appeler à la retenue mais leur position reste imprécise. Ils sont d’un côté en grande partie les alliés de Washington puisque 24 pays de l’UE font partie de l’Otan, mais ils sont aussi d’un autre côté restés signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien puisque Londres, Paris et Berlin en sont toujours les garants côté européen. Une situation qui se révèle compliquée à gérer.

Ursula von der Leyen avait promis que la commission européenne qu’elle préside serait géopolitique mais pour l’instant elle a dû se contenter d’appeler à une désescalade comme l’ont déjà fait le président du conseil européen Charles Michel et le chef de la diplomatie européenne Josep Borell.

En revanche, elle souligne aussi l’intérêt pour l’Iran de rester dans l’accord de Vienne sur le désengagement nucléaire, une réponse à l’annonce faite ce dimanche soir par Téhéran qui affirmait réduire ses engagements mais rester dans l’accord. Pour les Européens, il faut maintenir le dialogue avec l’Iran, c’est la priorité actuelle pour désamorcer les tensions.

Cette volonté est pour l’instant à l’ordre du jour pour la réunion convoquée à Bruxelles pour vendredi des 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE. Le ton est bien différent de celui de l’Otan qui insistait sur sa préoccupation face à l’attitude de l’Iran et à son soutien à des groupes terroristes.

Les Européens annoncent vouloir juger la position iranienne à l’aune de l’évaluation de l’Agence internationale pour l’énergie atomique mais certains dans l’UE se disent déjà prêts à enclencher le régime de sanctions prévu par l’accord de Vienne. Il reste que le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif est officiellement toujours attendu ici s’il accepte l’invitation faite dimanche.

L'Iran doit « renoncer à des représailles » après la mort du général Qassem Soleimani et la diplomatie doit reprendre ses droits pour sauver l'accord sur le nucléaire iranien, a estimé ce lundi le chef de la diplomatie française. Il faut que « la partie iranienne renonce à des ripostes et des représailles mais aussi qu'on ouvre des négociations, que l'Iran revienne dans l'accord (nucléaire) de Vienne et que la négociation sur la stabilité régionale puisse se mettre en oeuvre », a déclaré Jean-Yves Le Drian sur la chaîne française  BFM TV. Selon Jean-Yves Le Drian, « la position de la France est d'aboutir à une désescalade ».