L'opposition vénézuélienne dénonce un président Maduro désespéré

par Alexandra Ulmer et Corina Pons
Opposants vénézuéliens appelant à la destitution du président Nicolas Maduro, avec des pancartes (de gauche à droite) "Sourd", "Aveugle" et "Muet" en référence au Conseil national électoral (CNE), dans les rues de Caracas. L'opposition dénonce la décision du chef de l'Etat d'instaurer l'état d'urgence dans le pays, en promettant de redoubler d'efforts pour obtenir par référendum son départ avant la fin de l'année. /Photo prise le 14 mai 2016/REUTERS/Marco Bello

par Alexandra Ulmer et Corina Pons

CARACAS (Reuters) - L'opposition vénézuélienne a dénoncé samedi la décision du président Nicolas Maduro d'instaurer l'état d'urgence dans le pays, en promettant de redoubler d'efforts pour obtenir par référendum son départ avant la fin de l'année.

Maduro a déclaré vendredi soir l'état d'urgence pour une durée de 60 jours en arguant de "menaces" en provenance du Venezuela et des Etats-Unis pour renverser son gouvernement.

Pour l'opposition, qui a organisé samedi une manifestation à Caracas, la capitale, la décision du chef de l'Etat est un signe de panique face aux appels de plus en plus nombreux à la tenue d'un référendum sur sa destitution, sur fond de crise économique grave.

"Nous parlons d'un président désespéré qui se place lui-même en marge de la légalité et de la constitutionnalité", a déclaré Jesus Torrealba, chef de file de la coalition de l'Unité démocratique, ajoutant que Maduro était en train de perdre des soutiens au sein de son propre camp.

"Si l'état d'urgence est mis en place sans que l'Assemblée nationale ne soit consultée, on peut parler techniquement d'un auto-coup d'Etat", a-t-il dit alors que des centaines de partisans de l'opposition défilaient en agitant le drapeau vénézuélien et en brandissant des pancartes appelant à la convocation d'un référendum.

L'opposition est majoritaire à l'Assemblée nationale depuis les élections législatives de décembre, qui se sont tenues sur fond de pénuries de produits de base, d'inflation galopante et de montée de la criminalité.

Mais la Cour suprême vénézuélienne a à plusieurs reprises donné raison à Maduro dans ses différends avec l'Assemblée.

"UNE BOMBE À RETARDEMENT"

Selon un récent sondage, près de 70% des Vénézuéliens souhaitent que le président quitte le pouvoir avant la fin de cette année.

Maduro entend rester en poste jusqu'à la fin de son mandat, en 2019. Il accuse l'opposition de vouloir le chasser du pouvoir comme vient de l'être son homologue brésilienne Dilma Rousseff.

Dénonçant la volonté de certains fauteurs de troubles de provoquer des violences pour justifier une invasion étrangère, Nicolas Maduro a ordonné samedi des manoeuvres militaires pour le week-end prochain.

"Nous allons dire à l'impérialisme et à la droite internationale que le peuple est présent, les outils de paysan dans une main et le fusil dans l'autre (...) pour défendre cette terre sacrée", a déclaré le président lors d'un rassemblement public.

Le gouvernement, a-t-il ajouté, reprendra les usines qui sont à l'arrêt. Il n'a pas donné plus de précisions.

L'opposition, elle, réclame des mesures au président face aux besoins urgents de la population.

"Il y aura une explosion sociale si Maduro ne permet pas que le référendum sur sa destitution ait lieu", a dit Marisol Dos Santos, une manifestante de 34 ans, salariée d'un supermarché.

L'opposition a déposé le 2 mai environ 1,85 million de signatures de citoyens favorables à la tenue d'un référendum, près de dix fois les 200.000 nécessaires pour que la requête soit examinée.

Si les signatures sont validées, l'opposition devra lancer une nouvelle campagne pour réunir quatre millions de signatures afin que le scrutin ait lieu.

Les opposants à Maduro craignent cependant de voir les autorités freiner le processus pour que le référendum n'ait pas lieu avant 2017, car en cas de destitution, la présidence reviendrait alors au vice-président, une fonction qu'occupe actuellement le socialiste Aristobulo Isturiz.

"Si on bloque cette voie démocratique, on ne sait pas ce qui peut se passer dans ce pays", a dit Henrique Capriles, deux fois candidat à la présidence, lors de la manifestation de samedi.

"Le Venezuela est une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment."

(Marc Angrand pour le service français)

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