Comment l'opposition au progrès devient dangereuse

Par Ferghane Azihari*
·1 min de lecture
De l’électricité à l’imprimerie, en passant par le tracteur, il n’est pas une innovation qui ne se soit pas heurtée aux luddites de son temps (photo d'illustration de l'association XR). 
De l’électricité à l’imprimerie, en passant par le tracteur, il n’est pas une innovation qui ne se soit pas heurtée aux luddites de son temps (photo d'illustration de l'association XR).

Qu'il est loin le temps où Condorcet vantait les mérites des progrès techniques qui « n'auront d'autres bornes que celles de la durée de l'univers » ! Ces propos lui vaudraient aujourd'hui d'être accusé de fanatisme par les technosceptiques, pour qui le Prométhée déchaîné est la cause des malheurs du monde moderne. Pour ces derniers, les conflits mondiaux et la crainte de l'apocalypse nucléaire née de la guerre froide ont liquidé la légende qui voudrait que le progrès soit infaillible.

La repentance coloniale européenne conforte cette pensée. Elle commémore les crimes perpétrés par les « sociétés développées » contre les peuplades « non civilisées ». Comme si l'homme rudimentaire était plus paisible que celui que Rousseau appelait non sans dédain « l'homme perfectionné ». Bien sûr, les historiens ont depuis longtemps déconstruit le récit d'un monde plus pacifique avant l'ère de la technique.

Le mythe de l'âge d'or rousseauiste continue cependant de façonner l'imaginaire collectif. L'émergence de la question environnementale lui confère une nouvelle dimension. Aux inquiétudes traditionnelles s'ajoute la peur d'une planète rendue inhabitable par la société technicienne. De cette anxiété est née l'intellectualisation de la défiance contre l'ingéniosité humaine, dont Hans Jonas est l'incarnation avec son Principe responsabilité publié en 1974.

Mal invisible

Selon le philosophe allemand, qui s'effrayait du pouvoir croissant de l'homme sur la nature, une éthique res [...] Lire la suite