L'opposition évoque 150 civils tués à Idlib par Russie et Syrie

Vue sur un site suite à un bombardement, dans la province d'Idlib. Les aviations russe et syrienne ont tué au moins 150 civils et en ont blessé des dizaines d'autres en un peu plus d'une semaine de bombardements intensifs sur la région d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. /Photo d'archives/REUTERS/Ammar Abdullah

AMMAN (Reuters) - Les aviations russe et syrienne ont tué au moins 150 civils et en ont blessé des dizaines d'autres en un peu plus d'une semaine de bombardements intensifs sur la région d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, ont accusé des secouristes proches de l'opposition à Bachar al Assad.

Cette campagne aérienne, après une trêve de six mois, a été lancée à la suite d'une vaste offensive déclenchée la semaine dernière par une alliance de rebelles djihadistes emmenés par l'ancienne émanation d'Al Qaïda en Syrie contre des zones tenues par les forces loyalistes à Hama, au sud d'Idlib.

"Nous avons retiré 152 corps et nous avons secouru 279 civils depuis le début de la campagne de bombardements de la Russie et du régime", a dit mercredi Salem Abou al Azem, l'un des responsables des services de secours de la Défense civile, affiliée à l'opposition, à Idlib.

Il a ajouté que des cadavres continuaient d'être extraits des décombres des bâtiments détruits par ces raids aériens.

Le ministère russe de la Défense a rejeté jeudi ces accusations, qualifiant de "charlatans" les secouristes de la Défense civile syrienne.

"L'aviation russe ne bombarde pas les zones résidentielles dans les régions densément peuplées pour éviter les pertes civiles", affirme le général Igor Konachenkov dans un communiqué.

La France a pour sa part dénoncé une violation du droit international humanitaire et appelé "la Russie et les alliés du régime de Damas" à faire respecter le processus de paix d'Astana.

"La France condamne les bombardements aériens auxquels l’armée de Bachar al Assad et ses alliés ont procédé ces derniers jours, qui ont frappé la population civile", a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

FORCE D'OBSERVATION

Moscou, qui dit s'en prendre exclusivement à des extrémistes islamistes, dément régulièrement les accusations selon lesquelles l'armée russe vise délibérément des infrastructures et des installations médicales pour contraindre les rebelles à accepter des trêves locales qui rétablissent de fait l'autorité du régime de Bachar al Assad sur les zones concernées.

La Défense civile et d'autres travailleurs humanitaires affirment disposer des preuves de la destruction de six hôpitaux, de cinq centres de la Défense civile et de centrales électriques durant les premiers jours de cette campagne aérienne, ainsi que de tirs visant des camps de civils déplacés par les combats.

Les rebelles et des témoins disent différencier aisément les avions russes des appareils syriens car les premiers volent à haute altitude et effectuent des bombardements dévastateurs.

Cette campagne aérienne a débuté par des bombardements intensifs sur des villes du sud d'Idlib, où les djihadistes sont fortement implantés. Ces derniers se sont toutefois éparpillés ces derniers jours dans la plupart des localités de cette province frontalière de la Turquie.

Des milliers de familles ont fui des villes telles que Djisr al Chkour et Djabal al Zaouïa pour trouver refuge dans des zones rurales moins exposées aux bombardements quotidiens, ont rapporté des travailleurs humanitaires.

Cette campagne aérienne intervient peu après la conclusion d'un accord tripartite entre la Russie, la Turquie et l'Iran sur l'envoi d'une force d'observation dans la province d'Idlib, sur laquelle les ex-affiliés à Al Qaïda ont raffermi leur contrôle après avoir écrasé les autres opposants au régime syrien.

Le Kremlin a annoncé cette semaine que le président russe Vladimir Poutine devrait se rendre ce jeudi à Ankara pour y rencontrer son homologue turc Recep Tayyip Erdogan

D'après des rebelles syriens, la Turquie veut obtenir le feu vert de Moscou pour déployer des forces dans la province d'Idlib.

Les pourparlers d'Astana (Kazakhstan) entre représentants du gouvernement syrien et de l'opposition ont débuté en janvier dernier sous l'égide de la Russie et de l'Iran, alliés de Damas, et de la Turquie, soutient des rebelles. Les parties se sont mises d'accord en mai pour l'instauration de quatre zones de désescalade en Syrie, dont une dans la région d'Idlib.

(Souleïmane al Khalidi, avec Maria Kiselyova à Moscou; Bertrand Boucey, Tangi Salaün et Sophie Louet pour le service français)