L'opposant russe Alexeï Navalny condamné à trois ans et demi de prison ferme

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Un tribunal de Moscou a ordonné mardi l'emprisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny, révoquant le sursis d'une précédente condamnation à trois ans et demi de prison. Cette décision a été suivie d'un appel à manifester de ses partisans, dont plus d'un millier ont été arrêtés dans la soirée.

Prison ferme pour Alexeï Navalny. L'opposant russe a été condamné, mardi 2 février, par un tribunal à trois ans et demi de prison. La juge Natalia Repnikova a indiqué que le détracteur du Kremlin devra purger sa peine prononcée en 2014, moins les mois qu'il avait passés assigné à résidence cette année-là.

Alexeï Navalny comparaissait pour avoir violé son contrôle judiciaire dans une affaire remontant à 2014. Londres a appelé, mardi soir, à sa "libération immédiate et sans conditions". "La condamnation d'Alexeï Navalny est inacceptable. Un désaccord politique n'est jamais un crime. Nous appelons à sa libération immédiate", a aussi réagi Emmanuel Macron dans un tweet.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a réclamé lui aussi la libération de l'opposant russe. "La condamnation d'Alexei Navalny va à l'encontre des engagements internationaux de la Russie en matière d'État de droit et de libertés fondamentales. Je réclame sa libération immédiate", a-t-il déclaré dans un tweet.

Appel à manifester

La porte-parole de la diplomatie russe a répondu en accusant les capitales occidentales d'être "déconnectées de la réalité". "Il n'y a aucune raison de s'ingérer dans les affaires d'un État souverain. Nous recommandons que chacun s'occupe de ses propres problèmes", a déclaré Maria Zakharova, lors d'une interview au média RBK, citée par les agences russes.

L'organisation qui soutient l'opposant russe a appelé sur Twitter à une manifestation immédiate à Moscou. Dans la soirée, plus de 1 050 personnes ont été interpellées lors de divers rassemblements en Russie, a indiqué l'ONG OVD-Info. Selon cette organisation spécialisée dans le suivi des protestations, l'essentiel des arrestations (865) ont eu lieu à Moscou.

Tous les signaux pour une incarcération d'Alexeï Navalny étaient au vert : lundi, le Parquet avait dégainé en estimant "légale et justifiée" la demande des services pénitentiaires (FSIN), qui réclamaient son incarcération.

Militant anticorruption et ennemi juré du Kremlin, Alexeï Navalny a été emprisonné dès son retour en Russie le 17 janvier, après une convalescence de plusieurs mois en Allemagne pour un empoisonnement dont il accuse le président Vladimir Poutine.

Motif de l'arrestation : la violation, selon les autorités, des conditions d'une peine de prison de trois ans et demi avec sursis qui a donc été transformée en sentence ferme.

Des nouvelles sanctions contre Moscou envisagées

De son côté, le Kremlin avait dit avant le jugement espérer que l'Union européenne ne ferait pas la "bêtise" de conditionner l'avenir de sa relation avec la Russie au sort de l'opposant incarcéré.

"Nous espérons que personne ne fera la bêtise de lier la perspective des relations Russie-UE (au sort) d'un résident d'un centre de détention", a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à quelques jours d'une visite du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et alors que l'UE a dénoncé la répression visant l'opposant et ses partisans.

"Si (le diplomate européen) est le porteur d'un message dur, notre ministre (Sergueï Lavrov) lui répondra tout aussi durement", a-t-il dit.

Alors que Josep Borrell a réclamé de voir Alexeï Navalny, Dmitri Peskov a indiqué que cette question relève "des enquêteurs, des juges", mais qu'étant "ni un membre de la famille, ni un proche, sur quelle base une telle visite pourrait-elle avoir lieu ?"

Plusieurs pays européens ont évoqué la possibilité de nouvelles sanctions contre Moscou, en particulier après la répression brutale deux week-ends de suite de manifestations de soutien à l'opposant âgé de 44 ans.

Ce dernier est en outre la cible de multiples procédures judiciaires. Vendredi, il doit par exemple comparaître pour "diffamation" envers un ancien combattant après avoir critiqué une campagne de publicité pro-Kremlin dans laquelle il apparaissait. Il risque des sanctions pouvant aller d'une amende à cinq ans d'emprisonnement.

Il est aussi mis en cause dans une enquête pour escroquerie, crime passible de dix ans de détention, pour avoir, selon les autorités, détourné des dons adressés à son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK).

Avec AFP