L'Onu craint des dizaines de milliers de déplacés à Palma, au Mozambique

par Manuel Mucari et Emma Rumney
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par Manuel Mucari et Emma Rumney

MAPUTO (Reuters) - Des dizaines de milliers de personnes pourraient avoir été déplacées par l'assaut meurtrier lancé par des insurgés se revendiquant de l'Etat islamique sur la ville gazière de Palma, dans le nord du Mozambique, déclarent les agences humanitaires.

De nombreux habitants qui ont pris la fuite se seraient éparpillés dans la forêt dense environnante ou auraient tenté de s'échapper par bateau lors de l'attaque lancée mercredi dernier, ont dit à Reuters des travailleurs humanitaires.

Les autorités mozambicaines ont évoqué dimanche un bilan de plusieurs dizaines de morts, dont au moins sept victimes d'une embuscade des assaillants contre un convoi de véhicules qui tentaient de fuir un hôtel assiégé vendredi.

Des témoins ont dit avoir vu des cadavres dans les rues, dont certains décapités.

Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a déclaré que des combats lui avaient été encore signalés ce mardi à Palma et aux alentours.

"C'est une véritable catastrophe humanitaire", a déclaré à Reuters la directrice régionale du Programme alimentaire mondial, Lola Castro.

Palma est un important noeud logistique situé près de nombreux projets gaziers pesant 60 milliards de dollars (environ 51 milliards d'euros), pilotés par des majors pétrolières dont le français Total.

La plupart des communications avec la ville ont été coupées mercredi dernier.

Selon les Nations unies, la région de Palma abrite quelque 110.000 habitants, dont plus de 40.000 ayant fui d'autres attaques dans la province de Cabo Delgado, théâtre d'une insurrection islamiste depuis 2017.

"Beaucoup sont venus à Palma pour être en sécurité et sont repartis sans rien", a déclaré Jonathan Whittall, de Médecins sans frontières.

Certains déplacés cherchent à gagner Pemba, la capitale provinciale plus au sud, par bateau, tandis que d'autres prennent la direction de la brousse au nord pour rejoindre la frontière tanzanienne, expliquent les travailleurs humanitaires.

Mardi matin, l'Organisation internationale pour les migrations recensait plus de 3.360 déplacés à Pemba et sa périphérie. Mais l'Onu et les organisations d'aide estiment que leur nombre est en réalité beaucoup plus élevé.

Une société de sécurité privée mandatée par le gouvernement et les entreprises disposant de personnels dans la ville recherchent des survivants.

Lionel Dyck, de la société privée sud-africaine Dyck Advisory Group, a déclaré que ses hélicoptères avaient été la cible de tirs nourris de la part des insurgés alors qu'ils s'employaient à récupérer des réfugiés dans la brousse. Il a ajouté que la plupart des déplacés étaient conduits dans un camp à l'extérieur de Palma utilisé pour les chantiers gaziers.

Un navire transportant un millier de personnes, parmi lesquelles de blessés, devait quitter mardi le site pour gagner Pemba, ont indiqué un diplomate et une autre personne informée de l'opération.

(Avec David Lewis et Maggie Fick à Nairobi, Benjamin Mallet à Paris et Patricia Rua et Catarina Demony à Lisbonne; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)