“Non, les Londoniens ne sont ni froids ni hostiles !”

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J’adore Londres. Ce n’est pas vraiment à la mode de le dire ces jours-ci : détester notre capitale est devenu une espèce de passe-temps national. En fait, il était inévitable que Londres devienne un front de la guerre culturelle : un synonyme de tous ceux que les hommes politiques conservateurs détestent et jugent inutile d’écouter, par exemple l’élite gauchiste urbaine, les fanatiques du wokisme bouffeurs de tofu et la coalition anticroissance [pour reprendre les termes de la ministre de l’Intérieur Suella Braverman].

Et vous savez quoi ? Si certains veulent vraiment passer par pertes et profits une ville de 9 millions d’habitants qui représente près d’un quart du PIB du Royaume-Uni parce qu’elle compte quelques bars à nouilles végans, très bien. Quand on vit dans une grande ville, on doit notamment accepter que l’endroit soit diabolisé sans raison valable par des gens qui essaient de marquer des points politiques. On s’y fait.

“Mais il y a un reproche que je ne peux tolérer à propos de Londres, et c’est le suivant : les Londoniens sont désagréables.”

Il paraît que nous sommes des gens froids, hostiles. Nous courons partout, en métro et en bus, le casque sur la tête et le col remonté, entièrement concentrés sur ce qu’il y a après. Nous considérons tout contact visuel dans les transports publics comme une violation de notre espace personnel et maîtrisons à la perfection l’art d’ignorer les autres voyageurs. Nous ne nous arrêtons pas pour bavarder avec des inconnus et si un inconnu tente de bavarder avec nous, nous avons un mouvement de recul devant cette intrusion et nous l’ignorons.

“Où sont votre chaleur et votre compassion ? demandent les non-Londoniens avec mépris.”

La réponse est : partout, tant qu’on ne définit pas “chaleur et compassion” comme “la disposition à insister pour avoir des conversations non sollicitées pendant un déplacement”.

Il est vrai que la plupart des Londoniens ne considèrent pas le trajet quotidien pour aller au travail comme une chance d’en apprendre davantage sur les personnes qui voyagent avec eux. Dans cette ville où l’espace personnel est un luxe, le temps que nous passons à aller de notre colocation surpeuplée à notre bureau paysager est l’occasion rare de trouver un peu de paix intérieure. Les oreillettes en place et les yeux rivés sur un livre, nous nous fabriquons une bulle protectrice adaptée à l’heure de pointe et signalons notre désir de ne pas être dérangé.

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