Ce que l'on sait de la crise qui bouscule la police judiciaire après l'éviction du directeur marseillais

Ce que l'on sait de la crise en marche au sein de la PJ.  - BFMTV
Ce que l'on sait de la crise en marche au sein de la PJ. - BFMTV

C'est un séisme dans les rangs de la police judiciaire. Le directeur de la PJ pour la zone sud de la France a été démis de ses fonctions ce vendredi après-midi, dans un contexte de révolte contre la réforme du corps policier.

Jeudi, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait l'accueil glacial réservé au directeur général de la police nationale (DGPN) dans les locaux marseillais, une réaction qui a mis le feu aux poudres.

BFMTV.com vous explique ce que l'on sait de cette crise au sein de la police.

· Pourquoi Éric Arella a-t-il été limogé?

Nommé à la tête de la PJ de Marseille en 2015, Éric Arella était notamment chargé de piloter les enquêtes sur le narcobanditisme dans le sud de la France, Marseille étant l'une des villes les plus touchées par cette problématique.

L'annonce de son départ est intervenue ce vendredi après-midi, le lendemain d'une visite contestée de Frédéric Veaux, le DGPN, dans les locaux de la PJ marseillaise. Comme le montre une vidéo diffusée jeudi, ce dernier a été accueilli de manière glaciale par les enquêteurs de la PJ qui ont formé une "haie de déshonneur", bras croisés en silence, vent debout contre la nouvelle réforme.

Une attitude dénoncée par la DGPN comme étant "déloyale": "Comme pour toute réforme, il y a des discussions, il peut y avoir des désaccords. Mais une telle déloyauté n'est pas acceptable", a indiqué l'entourage de son directeur auprès de l'AFP.

· Dans quel contexte intervient cette crise?

Si Éric Arella a aussi été démis de ses fonctions en partie à cause des résultats en matière de lutte contre la délinquance à Marseille, cette annonce intervient donc surtout dans un contexte de grande tension au sein de la PJ, bientôt remodelée par une nouvelle réforme.

Portée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et Frédéric Veaux, celle-ci prévoit de placer tous les services de police d'un même département - aussi bien le renseignement, la sécurité publique, la police aux frontières que la PJ - sous l'autorité d'un unique directeur départemental de la police nationale, qui dépendrait lui-même du préfet.

Selon les enquêteurs de la PJ, qui n'ont été prévenus du changement qu'en mai dernier, cette restructuration causerait des dégâts considérables sur la tenue des enquêtes criminelles, notamment touchant au grand banditisme. La fusion des différentes sections mènerait à une disparition pure et simple de leur "maison", estiment-ils.

Si des rumeurs selon lesquelles le directeur central de la PJ Jérôme Bonnet aurait démissionné en soutien, celles-ci ont été démenties par le principal intéressé dans un court communiqué.

· Quelles sont les réactions?

En début d'après-midi, l'ANPJ, l'association que les enquêteurs de la PJ ont créée pour protester contre la réforme, s'est fendu d'un premier communiqué dénonçant l'éviction d'Éric Arella. "Les enquêteurs de la PJ sont fous furieux et organisent dès à présent leur soutien à leur chef!", écrivaient-ils alors, annonçant plusieurs rassemblements. À Marseille, les policiers ont déposé leurs armes en message de soutien à leur ancien directeur.

À son arrivée au commissariat du 2ème arrondissement de Paris, Éric Arella a eu droit à une haie d'honneur et des applaudissements de la part d'une centaine de policiers. Dès 16 heures, des policiers se sont également réunis devant les commissariats de plusieurs villes de France - de Montpellier à Bordeaux en passant par Nantes et Toulouse - en signe de solidarité.

À Versailles par exemple de nombreux membres de la PJ se sont mobilisés pour protester contre le limogeage du directeur marseillais et exprimer leur colère face à ce qu'ils considèrent être la "mort de leur profession".

De son côté, l'Association française des magistrats instructeurs a également publié un communiqué pour exprimer sa "contestation". "Cette décision hâtive (...) est inquiétante et significative d'un mode de gestion autoritariste, qui ne tolère aucune manifestation d'opposition et interdit tout réel débat interne", poursuit leur communiqué, réaffirmant son "positionnement critique" face à la réforme.

· Qui doit remplacer Éric Arella?

À partir de lundi, Éric Arella doit prendre un nouveau poste au sein de la police nationale, en tant que chargé de mission.

Son successeur, Dominique Abbenanti, était jusqu'ici attaché de sécurité à Alger. Par le passé, il a occupé un certain nombre de postes dans le domaine judiciaire comme sous-directeur de la police technique et scientifique. Il a également été à plusieurs reprises chef d'antenne à la PJ.

Article original publié sur BFMTV.com