Logan : le premier film de super-héros crépusculaire ?

Thomas Imbert avec Gauthier Jurgensen, Corentin Palanchini et Vincent Garnier

SPOILERS - Attention, l'article ci-dessous dévoile de potentiels spoilers. Si vous ne souhaitez pas en connaitre la teneur, merci de ne pas lire ce qui suit...

Le timbre rocailleux de Johnny Cash et les paroles désenchantées de Hurt. Le visage érodé, labouré de balafres d’un Wolverine vieillissant qui ne cicatrise plus aussi bien qu’avant. Des griffes d’adamantium usées, qui peinent à sortir de leurs phalanges mais qui tranchent plus violemment que jamais (le coup des lames en travers du visage, on ne nous l’avait pas encore fait !). Un héros qui ne combat plus le crime depuis bien longtemps, un champion qui a raccroché les gants, et qui a troqué son uniforme de X-Men contre un costume de chauffeur privé…

Dès l’affiche, la bande-annonce et les premières minutes de Logan, on comprend qu’on s’apprête à découvrir un film de super-héros qui n’en est pas vraiment un. Une œuvre brutale, violente, désillusionnée, qui marquera la fin d’un mythe, la conclusion d’une histoire amorcée il y a 17 ans déjà, la mort d’un personnage légendaire. A des millions de kilomètres des affrontements galactiques et spectaculaires qui accompagnent les aventures de la Justice League, des Avengers ou même de ses congénères mutants, ce dernier baroud d’honneur nous promet un Wolverine sobre, brut et intimiste.

Et si, à l’image des westerns crépusculaires tels que La Horde Sauvage ou Impitoyable, Logan n’était rien de moins que le premier film de super-héros crépusculaire ?


Un western crépusculaire, c’est quoi ?

Pour bien comprendre où on veut en venir lorsqu’on parle de "film crépusculaire", il convient de revenir brièvement sur l’histoire du western, et sur l’avènement de ce qu’on appelle "le western crépusculaire" à partir de la fin des années 1960.

Cette mutation du genre survient après de longues années d’âge d’or hollywoodien notamment portées par des cinéastes tels que John Ford ou Howard Hawks, peuplées de héros sans peur ni reproche, de personnages manichéens, de gentils cow-boys et de méchants indiens.

Alors que les années passent, le western commence à mûrir et à se poser des questions sur lui-même. Arrivé au "crépuscule" de son âge d’or, il met désormais en scène des héros à la moralité beaucoup plus discutable, des personnages plus réalistes, plus humains, plus violents, généralement vieillissant ou sur le déclin, et qui décident de reprendre du service le temps d’un dernier coup d’éclat, d’un ultime baroud d’honneur aboutissant généralement à leur sacrifice.


Les deux meilleurs exemples de ce mouvement restent La Horde Sauvage de Sam Peckinpah (dont la dernière séquence est un monument de violence graphique rarement égalé) et Impitoyable de Clint Eastwood, aussi sombre et brutal que peut le laisser présager son titre. Ce dernier, comme ont d’ailleurs pu le faire d’autres films, sonne finalement le glas du western en tant que genre, comme s’il assistait impuissant à ses toutes dernières heures.

Et Logan, dans tout ça ?

La dernière aventure de Wolverine s’inscrit exactement dans la même démarche, prend exactement les mêmes appuis pour servir son propos, mais dans le domaine du film de super-héros.

Après 17 ans de bons et tranchants services auprès des X-Men et de l’institut Charles Xavier, le mutant aux griffes d’adamantium, déjà bourru et solitaire, était ainsi le candidat parfait pour incarner ce héros en fin de carrière, trop vieux pour ces conneries mais finalement prêt à remonter sur le ring pour un dernier combat à mort.


Et un combat particulièrement violent ! Car oui, Logan est sans le moindre doute le film le plus brutal, le plus sanglant de toute la saga X-Men. A l’image du bain de sang final de La Horde Sauvage où les quatre héros réduisent en charpie les nombreux hommes de Mapache, Wolverine n’aura jamais été aussi déchaîné que dans le long métrage de James Mangold. Lors des quelques scènes d’action disséminées tout au long du film, le mutant découpe, tranche, empale, étripe, sans s’inquiéter pour l’interdiction aux moins de 12 ans (avec avertissement) qui n’a pas manqué de lui être décernée.

Au-delà de sa violence graphique, Logan enchaine également les hommages au western, le genre auquel il emprunte son intonation crépusculaire. On retiendra notamment le plan sur lequel Wolverine fait face à ses ennemis à travers les wagons d’un train (clin d’œil à une scène mythique d’Il était une fois dans l’Ouest qui, sans être un western crépusculaire, brasse lui aussi les thématiques du héros en fin de gloire), la scène des chevaux sur l’autoroute, qui fait directement écho à Seuls sont les indomptés dans lequel un camion percutait un cheval, et bien sûr la séquence dans laquelle X-23 et Charles Xavier regardent la fin de L’Homme des vallées perdues dans leur chambre d’hôtel.


Ce dernier film, à l’instar de Logan, met en scène un héros solitaire qui se retrouve contraint de prêter main forte à une petite communauté. Hanté par les hommes qu’il a tués et gravement blessé après son dernier combat, il choisit de repartir seul pour, peut-être, aller mourir quelque part.

Outre sa violence extrême et sa tendresse revendiquée pour le western, Logan représente aussi une grande première dans le paysage super-héroïque, et notamment dans la filmographie Marvel, puisqu’il est le seul de ces films à ne pas comporter de scène post-générique, ni de caméo de Stan Lee.

Et donc...

Tous ces éléments, ainsi que son ton résolument nostalgique et désenchanté pourraient-ils donc faire de Logan… le premier film de super-héros crépusculaire ?


Le long métrage de James Mangold annoncerait-il ainsi, au-delà de la fin de Wolverine, le déclin du genre dans son ensemble (en tout cas tel qu’on le connait aujourd’hui) ? De la même manière que La Horde Sauvage et Impitoyable sonnaient le glas des cow-boys hollywoodiens aux chemises colorées et aux éperons scintillants, Logan enterrerait donc d’un bon coup de griffe les justiciers en collants, les monstres géants et les villes qui explosent, amorçant peut-être une nouvelle manière de raconter les histoires de super-héros au cinéma…

17 ans après le premier film de la saga X-Men qui préfigurait l’ère de Marvel sur grand écran, son dernier rejeton serait donc celui qui bouclerait la boucle. Hasard du calendrier (ou pas), Logan se déroule en 2029, soit l’année qui suivra la fin des plans de Kevin Feige pour le Marvel Cinematic Universe, selon l’une de ses récentes déclarations.

Qui sait ? S’il a notamment conquis les cinéphiles et la presse de Berlin, c’est peut-être bien parce qu’en chemin vers sa tombe, Wolverine a gratifié le paysage cinématographique d’un dernier petit coup de griffe en adamantium.

Le dernier baroud d'honneur de "Logan"...

 

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