Lituanie: La menace russe fait grandir un groupe paramilitaire

Dalia PLIKUNE
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Groupe paramilitaire lituanien, soutenu par le gouvernement, près de Vilnius, le 5 juillet 2014

Dans une grande forêt de pins, de jeunes citadins troquent leurs costumes contre des tenues de camouflage et leurs tablettes contre des fusils: la menace russe a apporté une seconde jeunesse à un groupe paramilitaire en Lituanie.

Ces guerriers du week-end arborent fièrement au poignet des bracelets avec un emblème représentant un sapin vert, symbole de la résistance armée contre l'occupation en 1940 de leur petit pays par l'Union soviétique.

Ces derniers mois, la reprise de la Crimée par la Russie, puis son intervention armée en Ukraine, accompagnée de bruits de bottes dans l'enclave russe de Kaliningrad, voisine de la Lituanie, ont déclenché une vague d'adhésions à une organisation paramilitaire qui fait revivre la tradition des "tireurs" des années 40.

Les dirigeants lituaniens, comme les Estoniens et les Lettons, appellent l'Otan à installer à demeure ses soldats dans les pays baltes pour conjurer toute menace éventuelle de la part des héritiers de l'ancien empire soviétique.

Mais, sans attendre les décisions en ce sens du sommet de l'Alliance au Pays de Galles, des milliers de volontaires lituaniens se mobilisent déjà au sein d'une organisation non-gouvernementale, soutenue de toute évidence par les autorités.

Etudiants ou hommes d'affaires, fonctionnaires, journalistes, voire hommes politiques, ils ont rejoint l'Union des tireurs (les Sauliai en lituanien), fondée en 1919, mais interdite en 1940 par les Soviétiques, et dont certains membres ont été accusés par la suite de collaboration avec l'occupant suivant, l'Allemagne nazie.

- Dame de fer -

"Les effectifs de notre section de Vilnius ont triplé depuis le début de la crise en Ukraine", dit Mindaugas Balciauskas, commandant d'un détachement de l'organisation qui revendique au total 7.000 membres, soit autant que l'armée qui compte 7.000 soldats et 4.200 réservistes, dans un pays de trois millions d'habitants.

La présidente lituanienne Dalia Grybauskaïte, ceinture noire de karaté souvent surnommée Dame de fer en raison de ses prises de position très fermes à l'égard de Moscou, a elle même juré de "prendre les armes" dans le cas improbable où la Russie voudrait attaquer son pays membre de l'Otan et de l'Union européenne.

"Faire partie d'une unité paramilitaire me permettra d'être mieux informé et mieux préparé que ceux qui n'en sont pas", dit à l'AFP Arturas Bortkevicius, un financier de 37 ans.

Les Tireurs passent leurs week-ends en man?uvres dans les forêts ou dans un camp d'entraînement militaire à Pabrade, au nord de Vilnius.

Le député libéral Remigijus Simasius reconnaît qu'en cas de crise "sa place sera au parlement", mais pense que son adhésion encouragera d'autres à suivre son exemple.

- Accusations de massacres -

L'Union des Tireurs "a fortement marqué l'histoire de la Lituanie", estime l'historien Arvydas Anusauskas.

Elle fut fondée en 1919 au lendemain de la Ière guerre mondiale, quand les Lituaniens étaient engagés dans plusieurs "guerres d'indépendance" contre les Bolchéviques russes, d'autres forces russes, les Allemands et les Polonais. Puis, jusqu'à l'invasion soviétique en 1940, l'Union a compté aussi parmi ses membres des Russes, des Polonais, des Juifs et des Chinois, une composition reflétant la diversité ethnique de la région.

Ensuite, sa réputation a souffert d'accusations selon lesquels certains de ses membres ont été impliqués dans une série de massacres nazis de quelque 80.000 Juifs, Polonais et Russes, à Paneriai, une banlieue de Vilnius.

Après la fin de la guerre, des Tireurs ont mené une guérilla contre les Soviétiques, jusqu'au début des années 1950.

L'Union renaît à partir de 1989, quand le bloc soviétique se désintègre, et que la Lituanie retrouve son indépendance. Aujourd'hui, les adhésions massives sont motivées par le désir de faire face à une éventuelle nouvelle menace russe.

La crise en Ukraine a poussé même certains Lituaniens d'origine russe à devenir membres des Tireurs.

Tel un photographe de 40 ans, Vladimiras Ivanovas. "Je suis qui je suis et je suis patriote lituanien", dit-il.