Malgré Trump, l'Opep et Moscou réduisent leur production

par Rania El Gamal, Olesya Astakhova et Shadia Nasralla
L'Opep et ses alliés emmenés par la Russie ont convenu de réduire leur production plus que ce que le marché anticipait en dépit des pressions exercées par le président américain Donald Trump pour obtenir une baisse des prix du brut. /Photo prise le 5 décembre 2018/REUTERS/Leonhard Foeger

par Rania El Gamal, Olesya Astakhova et Shadia Nasralla

VIENNE (Reuters) - L'Opep et ses alliés emmenés par la Russie ont convenu de réduire leur production plus que ce que le marché anticipait en dépit des pressions exercées par le président américain Donald Trump pour obtenir une baisse des prix du brut.

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) réduira sa production de 800.000 barils par jour (bpj) à partir de janvier, tandis que les producteurs hors Opep diminueront la leur de 400.000 bpj, a déclaré le ministre du Pétrole irakien Thamer Ghadhban à l'issue d'une réunion de deux jours de l'organisation à Vienne.

Le Brent de Mer du Nord a gagné autour de 5% à plus de 63 dollars le baril, la réduction combinée de 1,2 million de bpj dépassant les anticipations du marché qui tournaient autour d'un million de bpj.

L'Arabie saoudite, leader de facto de l'Opep, était soumise à de fortes pressions de Donald Trump, qui lui demandait de donner un coup de pouce à l'économie mondiale en s'abstenant de réduire l'offre.

La diminution de la production, en faisant augmenter les prix, sera un soutien pour l'Iran, troisième producteur de l'Opep en butte à de nouvelles sanctions imposées par les Etats-Unis.

"Nous ne traiterons jamais les questions géopolitiques à l'Opep", a dit Souhail ben Mohammed al-Mazroui, le ministre de l'Energie des Emirats arabes unis (EAU), en conférence de presse.

Le ministre de l'Energie russe Alexandre Novak a salué la capacité de son homologue saoudien Khalid al-Falih à "trouver une solution pour la plus difficile des situations", laissant entendre que Moscou était partie prenante à l'accord.

Après des heures de discussions, c'est finalement l'Iran qui a donné son feu vert à l'Opep, tandis que la Russie laissait entendre qu'elle était prête à apporter son écot.

Une réunion Opep+ - soit entre l'Opep et les producteurs extérieurs au cartel - a rapidement approuvé l'accord, selon deux sources de l'Opep.



La réduction de la production est mise en place pour six mois à partir de janvier, a précisé Ghadbhan, et prend pour base le mois d'octobre. La production de l'Opep et de la Russie était plus basse en octobre qu'en novembre mais il se peut que l'Opep ne dévoile pas les quotas de production individuels, ont observé les sources.

Pour autant le ministre irakien a dit que son pays réduirait sa production de quelque 140.000 bpj et que l'Arabie saoudite avait déjà diminué la sienne de 500.000 bpj.

"La réduction Opep+ est floue dans les détails et elle débouchera sans doute sur une réduction en deçà du chiffre global de 1,2 million de bpj", dit Bob McNally, président de Rapidan Energy Group. "Ca ne va pas réjouir le président Trump mais sa réaction sera sans doute d'autant plus forte si les cours montent fortement dans les semaines et les mois à venir".

Washington a tenté de s'imposer lorsque son délégué spécial à l'Iran Brian Hook a rencontré Falih à Vienne cette semaine, ce qui constituait un précédent à l'approche d'une réunion de l'Opep.

Ryad a d'abord démenti cette rencontre mais l'a par la suite confirmée.

"La pression politique américaine est à l'évidence un élément dominant de cette réunion de l'Opep, limitant la marge de manoeuvre saoudienne pour rééquilibrer le marché", a observé Gary Ross, directeur général de Black Gold Investors et spécialiste reconnu des question de l'Opep.







Le cours du Brent a perdu près d'un tiers depuis octobre, lorsque l'Arabie saoudite, la Russie et les Emirats arabes unis avaient augmenté leur production pour compenser la réduction des exportations iraniennes.

Cette chute des prix avait poussé Ryad et Moscou à ouvrir des discussions sur une réduction de l'offre mais la Russie s'est longtemps opposée à un forte contraction de celle-ci.

Novak a rencontré le président russe Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg jeudi et est retourné à Vienne vendredi.

Selon une source du ministère de l'Energie russe, Moscou était disposé à une réduction de l'ordre de 200.000 bpj, plus que les 150.000 bpj avancé dans un premier temps. Une source de l'Opep avait dit par la suite que la Russie acceptait une coupe de 230.000 bpj.









Russie, Arabie saoudite et Etats-Unis se disputent la place de premier producteur pétrolier mondial depuis des années. Les Etats-Unis ne sont pas partie prenante de quelque accord de réduction que ce soit en raison de leur législation antitrust et d'une industrie pétrolière fragmentée.

Les Etats-Unis sont devenus la semaine dernière, et ce pour la première fois, exportateur net de pétrole et de carburants, attestant de leur influence grandissante dans ce domaine.

La prochaine réunion de l'Opep se tiendra en avril, selon une source de l'organisation qui cite un projet de communiqué.


(Avec Ahmad Ghaddar et Alex Lawler, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)