L'interprétation de "Cyrano" qui donne à revivre le mythe de Rostand

Cyrano est magnifique autant par son héroïsme que par son anti-héroïsme.

Quelle pièce de théâtre parle-t-elle plus à l'imaginaire et à la fierté des Français que Cyrano de Bergerac ? Chacun de nous ou presque en connaît l'une de ses célèbres tirades, et la pièce a, depuis un moment déjà, accédé au rang de mythe artistique, si bien que c'est même l'histoire de son écriture qui est désormais contée grâce à Edmond d'Alexis Michalik, pièce adaptée au cinéma dans le film du même nom. De Cyrano – qui a rencontré un succès époustouflant de sa sortie en 1897 et pendant des années durant – on ne compte d'ailleurs plus les adaptations cinématographiques, dont la plus célèbre est à n'en pas douter celle de Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu en 1990, qui a contribué à populariser le mythe à notre époque.

Stéphane Dauch, interprétant Cyrano.

Si Cyrano de Bergerac est la pièce de théâtre la plus jouée en France, il n'est pourtant pas fréquent de tomber sur une version de grande qualité. C'est pourtant de cela que nous gratifient la talentueuse troupe du Grenier de Babouchka et Jean-Philippe Daguerre, grâce à une interprétation établie il y a plusieurs années et désormais jouée dans le joli théâtre Le Ranelagh. Une mise en scène colorée et joviale comme le nécessite l'œuvre de Rostand, qui ne s'encombre pas de fioritures inutiles. Aucun anachronisme : nul panier de basket ni carabine en plastique (réflexe trop courant dans les mises en scènes contemporaines) à propos d'un texte écrit à la fin du XIXe siècle et dont la trame se déroule en 1640. La troupe se distingue plutôt par une énergie débordante et une maîtrise remarquable des alexandrins de Rostand, mariées impeccablement à la gestuelle ardue et les combats d'épées de la pièce. Au premier rang de la troupe : Stéphane Dauch, qui excelle dans le personnage de Cyrano grâce à une expérience dans le théâtre classique, et maîtrise parfaitement les 1.600 vers en alexandrin du mousquetaire, tout comme la gestuelle physique du personnage. Une mise en scène gracieusement ponctuée par le violoniste Petr Ruzicka, qui agrémente des plus beaux passages du répertoire de la musique romantique la pièce de Rostand.

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