L'interdiction de pigments dans les encres de tatouage inquiète

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L'interdiction de certains pigments à partir du 4 janvier dans les encres de tatouage inquiète les professionnels (Photo: Alvaro Lavin via Getty Images)
L'interdiction de certains pigments à partir du 4 janvier dans les encres de tatouage inquiète les professionnels (Photo: Alvaro Lavin via Getty Images)

TATOUAGE - Les tatoueurs européens ne voient plus la vie en couleurs. Depuis ce mardi 4 janvier, ils ont l’interdiction d’utiliser 25 pigments considérés comme toxiques ou cancérogènes pour réaliser leurs dessins sur la peau des clients. Sont concernées des teintes de jaune, rouge ou encore orange auxquelles s’ajoutent 4000 substances chimiques qui ne pourront être utilisées que dans d’infimes quantités.

“Certaines de ces substances présentent des propriétés dangereuses qui posent un risque potentiel pour la santé humaine. En outre, le métabolisme des colorants dans la peau ainsi que la décomposition à la suite de l’exposition au rayonnement solaire et de l’irradiation par laser peuvent également entraîner la libération de produits chimiques dangereux”, justifie la Commission européenne dans son règlement signé et publié le 14 décembre 2020. Peuvent en résulter des allergies ou pire, des cancers, alerte l’European Chemicals Agency.

Mais cette décision ne passe pas chez les professionnels, qui sont vent debout depuis plusieurs semaines. “On ne va plus pouvoir travailler, c’est n’importe quoi! C’est comme si tout à coup, on retirait les ciseaux aux coiffeurs”, a dénoncé dans Les Échos l’artiste tatoueur Tin-Tin, président du SNAT, le syndicat national des tatoueurs. Sur RMC, il ajoute: “Aujourd’hui, tous les tatoueurs de France sont hors-la-loi.” D’après lui, 70% des pigments utilisés dans ses tatouages sont désormais interdits.

Le bleu et le vert interdits en 2023

Pour justifier leur colère, les artistes assurent qu’il n’y a aucun lien entre le risque de cancer et le tatouage, citant le médecin spécialisé Nicolas Kluger. D’après ce dernier, “en ce qui concerne le cancer de la peau, on sait aujourd’hui qu’il n’existe aucun lien avec le tatouage. On sait néanmoins que des encres peuvent créer des allergies”, a-t-il déclaré à Libération.

Pour la plupart de ces substances interdites, il existe sur le marché des alternatives sans danger pour la santé, selon la Commission. Mais les tatoueurs sont moins optimistes. “En ce qui concerne les pigments, ils peuvent théoriquement être remplacés. Mais là-dessus, nous n’avons aucune visibilité au niveau des producteurs et des distributeurs”, pointe Karine Grenouille, secrétaire du SNAT, dans 20 Minutes. D’autant, précise-t-elle, qu’il faudrait entre cinq et dix ans pour créer de nouveaux pigments.

Le règlement, voté par l’UE, concerne tous les professionnels européens et ces derniers ont bien l’intention de peser de tout leur poids. Le tatoueur autrichien Erich Mähnert a lancé une pétition largement partagée dans le milieu, et qui aurait récolté 175.000 signatures au 27 décembre.

Les artistes espèrent notamment une révision du texte qui prévoit également l’interdiction de pigments bleu et vert en 2023, un délai accordé afin de donner le temps aux tatoueurs de trouver des solutions de remplacement sûres. Mais à terme, le risque est de voir toutes les couleurs interdites sans que l’industrie parvienne à se renouveler, faisant disparaître la profession. Mais il reste un espoir: le SNAT a annoncé être en contact avec le ministère de la Santé, et est “invité à un échange” avec lui dans les prochains jours.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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