De l'Inserm aux théories complotistes sur le Covid: qui est la généticienne Alexandra Henrion-Caude?

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Alexandra Henrion-Caude - Chaîne YouTube d'Alexandra Henrion-Caude
Alexandra Henrion-Caude - Chaîne YouTube d'Alexandra Henrion-Caude

La scène prend place samedi 22 mai, à une manifestation contre le pass sanitaire. Plusieurs intervenants se succèdent à la tribune. Parmi eux, Jean-Marie Bigard, qui éructe des injures à l'égard du gouvernement, et la généticienne Alexandra Henrion-Caude, qui prononce un discours. Les images, capturées par l'équipe de l'émission Quotidien, la montrent en train d'interpeller ces journalistes - les seuls masqués selon leurs dires - puis de les faire huer par la foule, qui scande "collabos, collabos". Alexandra Henrion-Caude est hilare.

Autrefois directrice de recherche à l'Inserm, Alexandra Henrion-Caude fait partie de ces figures qui ont émergé à la faveur de l'épidémie de Covid-19 en se faisant le chantre de théories complotistes liées au virus, à l'image par exemple de Christian Perronne, infectiologue, chef de service jusqu'en décembre à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), auquel l'AP-HP a mis fin aux fonctions pour "des propos considérés comme indignes de la fonction qu'il exerce".

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Prestigieux CV

Avant de frayer dans les sphères antivax, anti-pass sanitaire ou encore anti-masques, Alexandra Henrion-Caude affiche un CV de scientifique chevronnée, qui a effectué son cursus honorum universitaire. Âgée de 52 ans, elle est notamment titulaire d'un doctorat en génétique obtenu en 1997 à l'université Paris VII, apprend-on en lisant un portrait que lui avait consacré, en 2013, le magazine Sciences & Santé, édité par l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), à l'occasion de son obtention du prestigieux titre d'Eisenhower Fellow, remis à l'époque par l'ancien secrétaire d'État américain de George W. Bush Colin Powell.

La généticienne était alors directrice de recherche à l'Inserm. Au détour de ce portrait, on apprend également que son directeur de thèse n'était autre que le généticien Axel Kahn, contre lequel elle a déposé plainte pour diffamation il y a peu.

Une procédure qui vaut au professeur d'être mis en examen (quasi automatique en cas de plainte pour diffamation). Figure de la Ligue contre le cancer, dont il s'est récemment mis en retrait après avoir annoncé être atteint d'un cancer incurable, Axel Kahn a fait état de sa mise en examen sur Twitter le 25 mai, où il pointe "l'incroyable dérive d'une chercheuse jadis de qualité par une logique intégriste puis sectaire".

Alexandra Henrion-Caude a également exercé aux États-Unis, au Children's Hospital de Los Angeles. Science & Santé lui attribue également en 2012 la découverte de "l'implication d'ARN non codants dans les maladies génétiques".

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Présente à un rassemblement organisé par Philippot

Sur Twitter, la quinquagénaire se définit comme "scientifique", "chercheur", "spécialiste de l'ARN" mais aussi "Fondatrice de l'Institut de recherche SimplissimA". Un institut, apprend-on sur son site, basé à Port-Louis, à l'île Maurice. Dans ses tweets, elle utilise notamment le mot-dièse #StopVaccination, et qualifie le pass sanitaire de #PassDeLaHonte.

En janvier, pointait un journaliste du Parisien, elle s'était notamment rendue à un rassemblement contre la "coronafolie" à l'appel de l'ancien frontiste Florian Philippot, qui mène désormais la fronde contre le port du masque ou encore contre les confinements passés et fustige le "covidisme".

Intervenante dans le docu complotiste Hold-Up

Alexandra Henrion-Caude apparaît également dans le documentaire aux relents complotistes Hold-Up, diffusé en novembre dernier en ligne. Elle figure notamment aux côtés de Christian Perronne ou encore de Silvano Trotta "qui pense que la Lune est creuse et qu'on n'a jamais aluni", pointait à l'époque auprès de BFMTV.com Tristan Mendès France, maître de conférence associé à l'université Paris-Diderot, chargé des cultures numériques, collaborateur de l'Observatoire du conspirationnisme.

La généticienne y affirmait par exemple que les vaccins contre le Covid-19 avaient fait l'objet d'une "accélération d'une procédure de mise au point vaccinale sautant les phases 3, jamais fait auparavant". Une assertion fausse, comme l'avait démontré l'AFP Factuel.

La chercheuse, désormais rejetée par ses pairs, s'affiche aussi sur le site FranceSoir, vestige du quotidien fondé après-guerre France-Soir, qui n'a plus le statut d'entreprise de presse, pointait Libération en novembre. Elle y a par exemple signé un appel avec d'autres personnalités, le 9 mai, demandant notamment "une approche plus prudente sur la vaccination de masse".

Plusieurs infox

Elle apparaît aussi régulièrement sur la web télé TV Libertés, qui se définit comme la "1ère chaîne de réinformation". En janvier, l'AFP Factuel pointait dans un article que dans une interview sur cette chaîne d'extrême droite, elle avait affirmé que les vaccins à ARN messager (tels que celui de Moderna et Pfizer - BioNTech) induisaient une modification génétique. Une fausse déclaration, comme l'a également montré le service de vérification de l'AFP.

En février, pointait l'AFP, elle avait aussi publié une courbe des morts dues au Covid-19 aux Seychelles, établissant un parallèle avec celle de la vaccination dans l'archipel de l'océan indien. Ce que le gouvernement seychellois avait démenti suite à la prolifération de cette fake news, indiquant que les personnes décédées n'avaient pas reçu de vaccin.

La généticienne fait également l'objet d'une fiche sur le site de l'Observatoire du conspirationnisme. On y apprend notamment qu'elle est membre du comité d'honneur de l'Association des scientifiques chrétiens.

En octobre dernier, l'Inserm s'était désolidarisé de son ancienne chercheuse, et pointait auprès de LCI que Henrion-Caude avait quitté l'institut en 2018 pour "des raisons de convenance personnelle" et que ses propos concernant la pandémie de Covid-19 n'étaient "en aucun cas ceux de l'Inserm".

Article original publié sur BFMTV.com